Les derniers jours d’Aristide

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Haïti : la fin des chimères ? de Charles Najman, sort le 23 juin en France. Et il ne faut pas le rater. Le documentaire, tourné pendant la commémoration du Bicentenaire d’Haïti, filme en réalité les derniers jours au pouvoir d’Aristide. Revenant sur la création de la première République noire du monde, le 1er janvier 1804, le film met en lumière la situation actuelle du pays. Nécessaire.

Chronique d’une chute annoncée… Le réalisateur haïtien Charles Najman a tourné son documentaire, Haïti, la fin des chimères ?, au début de cette année, pendant la commémoration du Bicentenaire d’Haïti. L’Histoire a voulu que cette période coïncide avec les derniers jours au pouvoir du Président Aristide, ancien curé des pauvres devenu apprenti-didacteur. Ce qui donne au film de Najman une importance singulière.

« Je pensais que les événements allaient se précipiter mais pas au point d’imaginer qu’Aristide « tomberait » avant la fin du montage du film… », explique le réalisateur. « Je n’avais que quelques convictions : puisque la situation est complexe et difficile à faire comprendre, autant laisser la parole aux Haïtiens eux-mêmes et faire en sorte qu’ils « trament » le récit de ce film. »

Pas sortis de l’esclavage

Le film donne donc la parole aux Haïtiens et met en lumière le décalage entre la ligne officielle et les déçus de la politique d’Aristide. Le Président, alors encore en exercice, prononce son allocution du 1er janvier 2004 : « Que c’est beau, que c’est grand d’être unis, que c’est beau, que c’est grand de s’aimer, que c’est beau, que c’est grand de cultiver la tolérance »… Au même moment, une manifestation anti-Aristide – « C’est qui Aristide ? On veut le virer », scandent les marcheurs – est violemment réprimée par la police.

Gary Victor, l’un des plus grands écrivains contemporains d’Haïti, revient sur le 1er janvier 1804 et dénonce le mythe des esclaves qui se sont libérés de l’oppression. « La création d’Haïti représente la victoire d’une classe politique de propriétaires. L’histoire de l’île se résume à la quête de liberté de cette masse noire à qui l’on a volé son histoire. Et jusqu’à aujourd’hui, nous ne sommes toujours pas sortis de l’esclavage. » Même idée développée par l’historien Eddy Lubbin : « Nous avons deux pays dans le même pays. Deux mondes qui se battent. On n’a pas réussi à céer une nation ».

Espoirs et déception

Les allers-retours entre 1804 et 2004 sont passionnants et éclairants. Car Charles Najman s’attache à montrer la réalité de l’île où la malnutrition touche 50% de la population, où 56% des Haïtiens vivent en-dessous du seuil de pauvreté et où le système de corruption mis en place par Aristide fonctionne à plein régime. Pourtant, lorsqu’en 1986, le didacteur héréditaire Duvalier est renversé, Aristide incarne l’espoir de tout un peuple. « Aucun homme n’avait et n’aura autant de cartes en main que lui. Il aurait pu avoir l’envergure d’un Mandela », analyse Andy Apaid, porte-parole de l’opposition. La déception est à la hauteur de ce qu’a pu être l’espoir. Et ce sentiment est palpable dans les bidonvilles, parmi les plus pauvres, sur lesquels le populisme et le paternalisme d’Aristide ont eu le plus de prise, et qui forment le gros des troupes des Chimères. Une situation résumée par l’historien Laennec Hurbon : « C’est comme si les Haïtiens d’aujourd’hui vivaient la situation de 1804 ».

Porté par un montage judicieux (parfois un peu trop de parti-pris), étaillé de témoignages marquants et de fortes personnalités, le documentaire de Charles Najman est, aujourd’hui, plus que nécessaire.

 Haïti : la fin des chimères ? de Charles Najman, documentaire, France, 2004, 70mn. Sortie française le 23 mai.

 A l’occasion de la Première du film, un débat sera organisé à l’issue de la projection le 23 juin au cinéma IMAGES D’AILLEURS.

Projection du film à 20h00

Cinéma IMAGES D’AILLEURS

21 rue de la Clef – 75005 Paris

M° Censier-Daubenton

 Intervenants présents :

Charles Najman (Réalisateur)

Christiane Taubira (Député de la Guyane)

Régis Debray (Président de la Mission Haïti-France), sous réserve

Louis-Philippe D’Alembert (Ecrivain)

Gérard Barthélémy (Historien spécialiste d’Haïti)