Les déchets toxiques d’Abidjan arrivent au Havre

Le bateau MN Toucan doit arriver mardi, à l’aube, au port du Havre (France) avec 3 000 tonnes de déchets toxiques collectés à Abidjan (Côte d’Ivoire). La cargaison devrait être incinérée dans le Sud de Lyon, où elle sera acheminée en plusieurs voyages ferroviaires. Deux autres navires, un néerlandais et un allemand, devraient se charger d’évacuer les quelque 3 000 tonnes de déchets restants.

Le 27 octobre, le navire français MN Toucan quittait la Côte d’Ivoire chargé de 3 000 tonnes des déchets toxiques qui ont tué dix personnes et rendu malade des milliers d’autres. Ce mardi, à l’aube, le bateau doit terminer sa course dans le port français du Havre (Nord), a-t-on appris lors d’une conférence de presse au Centre d’accueil de la presse étrangère de Paris. « Vers 9h, 9h30, la ministre de l’Ecologie et du Développement Durable (Nelly Olin, ndlr) doit tenir une conférence de presse », a expliqué, lundi à cette occasion, Jacky Bonnemains, président de l’association de défense de l’environnement Robins des Bois.

La France, candidat tout désigné

La cargaison devrait être convoyée par train, et en plusieurs voyages, à Salaise-sur-Sanne (Isère), une ville qui dispose des structures adéquates pour incinérer les déchets et les composants avec lesquels ils ont été en contact (terre, béton…). C’est par ailleurs cette contamination collatérale qui explique que la quantité totale de déchets à détruire soit passée de 500 à 6 000 tonnes.

Lorsqu’une journaliste lui a demandé pourquoi la France avait été choisie pour cette mission, le responsable associatif a répondu : « Dès le 10-11 septembre, nous avons demandé aux Pays-Bas de reprendre, à ses frais, les déchets. Nous n’avons eu aucune réponse. Dieu sait qu’il y a eu des larmes de crocodiles à l’annonce de ce qui s’est passé, mais aucun pays européen n’a évoqué une coopération technique. Si la France l’a fait, c’est que la Côte d’Ivoire avait chargé une entreprise française (Tredi, filiale du groupe Séché, ndlr) de collecter les déchets. Cela s’est donc fait dans la continuité de l’action entreprise ».

Dans la continuité, mais pas dans la facilité. « Le gouvernement l’a fait avec beaucoup de réflexion, poursuit Jacky Bonnemains. La France estimait ne pas avoir assez d’informations sur les déchets. Il y a eu plusieurs prises d’échantillons et il s’est avéré que la France avait les moyens de les traiter ». Contrairement à la Côte d’Ivoire, qui a paradoxalement signé une annexe de la Convention de Marpol indiquant qu’elle peut recevoir les eaux de lavage de résidus. Une position qui tranche avec le Congo, la Guinée Bissau, le Bénin, l’Angola, la Namibie, le Sénégal, le Cap Vert ou encore la Somalie, qui refusent de recevoir de tels déchets, notamment sous l’impulsion de l’ex-Organisation de l’Union Africaine (aujourd’hui Union Africaine), « qui a dénoncé très vite ces arrivages clandestins », précise Jacky Bonnemains.

Des déchets toxiques déposés en février ?

La majeure partie des déchets d’Abidjan a été ramassée. Un travail de longue haleine. « Il a fallu racler, cerner, contrôler les décharges ou fossés pour excaver toute la terre ou les matériaux pollués. Bien sûr, il n’y a pas eu de décapage intégral et il restera 1% ou 2% de déchets », a précisé Jacky Bonnemains. Il reste quelque 3 000 tonnes de déchets que devraient acheminer deux bateaux : l’un néerlandais, l’autre allemand. Ensuite, Robins des Bois espère que la Côte d’Ivoire recevra des indemnités pour les torts sanitaires, environnementaux et économiques qui lui ont été causés.

L’association espère par ailleurs parvenir à combler les vides juridiques qui ont permis les abus du Probo Koala, le navire battant pavillon panaméen, et affrété par les Pays-Bas, qui a déchargé les déchets sur 17 sites abidjanais, le 19 août dernier. Robins des Bois relève également qu’en « regardant les registres de mouvement des navires », elle s’est rendue compte que le Probo Koala avait déjà fait un saut à Abidjan en février dernier, mais qu’elle ne savait pas dans quel but. Elle spécule toutefois que des déchets ont peut-être été déposés, mais que « cela s’est mieux passé parce qu’ils étaient moins toxiques ». Certains Ivoiriens assurent que c’est bien le scénario qui s’est produit et que les pêcheurs et riverains ont été fortement incommodés par des nappes. Robins des Bois se demande enfin si cinq bateaux du même type que le Probo Koala n’ont pas été vendus à la hâte à une compagnie de Dubaï pour cacher des dépôts sauvages de déchets…

 Droits photo Greenpeace