Les Abidjanais soumis à une grave pollution chimique

Abidjan connaît bien une grave pollution chimique. Les autorités ivoiriennes l’ont admis lundi, après deux semaines de silence sur une catastrophe écologique et humaine dénoncée par les habitants de la capitale économique. Plus de 300 personnes ont été admises aux urgences, souffrant de difficultés respiratoires, après qu’un navire ait fait déverser des centaines de litres d’un produit chimique toxique en trois points d’Abidjan et en toute sérénité.

Treichville, Marcory, Koumassi, Port-Bouët, jusqu’à Cocody, le quartier huppé de la présidence et des ambassades, c’est tout le sud et l’est d’Abidjan qui a du mal à respirer depuis deux semaines. Depuis qu’un navire battant pavillon panaméen a fait déverser par une société ivoirienne et par camions, en toute quiétude, dans la nuit du 19 au 20 août, des centaines de litres d’un produit hautement toxique en trois points de la capitale : la décharge publique d’Akouédo, la zone industrielle de Vridi et le plateau Dokoui. Entre jeudi dernier et ce lundi, un responsable du centre hospitalier universitaire (CHU) de Cocody a indiqué à l’AFP avoir enregistré plus de 340 personnes intoxiquées par ces produits.

« La première réaction a été de vérifier le gaz »

Lorsque la pollution a commencé, le dimanche 20 août, « la première réaction des ménages a été de vérifier la bouteille de gaz », explique Moussa, du quartier de Marcory. Comprenant que le mal était général, les habitants ont fait part de leur inquiétude et « le district a produit un communiqué dans lequel il expliquait que 24 heures plus tôt, une opération de démoustication aérienne avait eu lieu, et que les produits utilisés étaient inoffensifs, quoique dégageant une certaine odeur. » Personne n’a vu d’avion survoler le quartier et « ce type d’opération de démoustication aérienne n’arrive plus depuis 2002 », explique Moussa. « Devant l’angoisse, le district a réitéré son explication, jusqu’à ce que les malades commencent à affluer vers les hôpitaux et que le Ciapol (Centre ivoirien antipollution) ne soit saisi ».

Deux semaines durant, les Abidjanais ont ainsi crié leur colère dans le vide, se sentant « abandonnés », confirme Christian. « Personne n’assume la responsabilité de ce qui s’est passé. Ce sont des sites fréquentés par la population qui ont été souillés. Des gens étendent leur linge dans la forêt de Banko. Il y a un joli petit lac artificiel dans le plateau Dokoui qui est depuis complètement infecté. On y retrouve des oiseaux morts et les chiens qui se risquent à y boire de l’eau subissent le même sort. Qui a consigné le navire ? Comment a-t-il pu sortir ses produits aussi facilement ? », se demande cet Abidjanais ancien employé au port autonome.

Les malades retournent sur des sites pollués

« Le gouvernement continue à chercher pour que nous puissions identifier tous les sites où ces déchets ont été déversés », a répondu lundi Rémy Allah Kouadio, le ministre de la Santé, à la télévision publique. C’était la première intervention d’un membre du gouvernement sur cette affaire. Il s’est empressé d’indiquer que, selon lui, « ce qui importe, c’est de voir comment faire en sorte que les populations ne souffrent pas trop ». Ajoutant que « depuis le 23 août, les CHU de Cocody et de Treichville ont été mis à contribution et des dispositions ont été mis en place ». Mais des médecins exerçant dans ces deux CHU et rencontrés par un responsable du Ceides, une ONG qui milite pour un développement écologique en Côte d’Ivoire, se demandent à quoi rime de soigner des malades qui vont retourner sur un site pollué et revenir les voir quelques jours après.

Ni le port autonome ni le Centre ivoirien anti-pollution (Ciapol) n’étaient joignables ce mardi. Du côté de la presse nationale, les journaux sont d’accord sur l’identité du navire, le Probo Koala, ainsi que sur la nature des déchets qu’il a déversés, de l’hydrogène sulfurisé. 24 heures ajoute que le Ciapol a mis le navire en demeure de se maintenir à quai le temps d’effectuer des analyses sur sa cargaison, mais que celui-ci a levé l’ancre le mardi 22 août. Le Patriote annonce de son côté que les « autorités ivoiriennes impliquées dans le scandale » ont touché quatre milliards de Fcfa. Le Nouveau réveil, un quotidien d’opposition, se demande même si « Laurent Gbagbo aurait autorisé ce ‘crime’ écologique juste pour bénéficier du soutien du Président Vladimir Poutine, lors de la prochaine réunion du conseil de sécurité de l’Onu, sur la crise ivoirienne ? »

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