Les crises alimentaires dans le Sahel : une affaire de pauvreté


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Le sous-développement est inconditionnellement un cercle vicieux. Alors que la campagne agricole 2005-2006 est globalement excédentaire en Afrique de l’Ouest, certaines régions du Mali, de la Mauritanie ou encore du Niger pourraient encore être victimes d’une crise alimentaire. Car les agriculteurs n’ont souvent pas les ressources suffisantes pour se procurer les céréales nécessaires à leur survie. La situation au Niger est en cela caractéristique.

L’extrême pauvreté de certaines populations vivant dans le Sahel et dont les revenus sont directement liés aux activités agro-pastorales explique pour beaucoup les crises alimentaires dans cette région de l’Afrique. Les experts, réunis autour de la question de la sécurité alimentaire dans le Sahel et en Afrique de l’Ouest, dans le cadre des activités du Réseau de prévention des crises alimentaires au Sahel les 20 et 21 avril derniers, à Paris, sous les auspices du Club du sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) et du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sècheresse dans le Sahel (CILSS), sont unanimes sur ce constat. Alors que la campagne agricole 2005-2006 – près de 15 millions de tonnes de céréales, soit une hausse de 31% par rapport à 2004-2005 et de 24 % sur la moyenne de ces 5 dernières années – est dans son ensemble excédentaire, des poches de crises alimentaires subsistent, entre autres au Mali, en Mauritanie, au Niger, au Tchad et au Cap-Vert. Notamment pour des questions d’accessibilité aux denrées alimentaires dans les zones sahéliennes. Une situation aggravée, en 2005, par un niveau des prix très élevé et jamais atteint depuis les années 80, date à laquelle les collectes statistiques ont débuté.

Un revenu décent pour les paysans, le nerf de la guerre contre la faim

Dans le cas de son pays, Mohamed Ben Omar, ministre porte-parole du Gouvernement du Niger, explique cette situation par le fait que le Niger souffre «d’un problème structurel de pauvreté ». Le taux de dépendance, l’expression statistique du poids de ‘la famille africaine’, en est l’un des signes évidents. Cette donnée qui mesure le nombre d’enfants (personnes de moins de 15 ans) et de personnes âgées (plus de 64 ans) dont une personne en âge de travailler (15-64 ans) à la charge. Au Niger, il est de 101,6%. Un chiffre issu du dernier recensement de la population effectué en 2001. Autrement dit, un Nigérien actif, dont le revenu par jour est d’environ un dollar, a (au moins) une personne à charge. Ou encore qu’au moins 50% de la population (composée à majorité de jeunes) vit des efforts d’autrui.

Ils sont sur les quelque 12 millions d’habitants que compte le pays, environ 3,5 millions à travailler, ce qui équivaut à un taux d’activité de 63,23%. Se cache derrière ces chiffres, « beaucoup de disparités », note M. Ben Omar, selon les régions du Niger et pose la question du développement de l’agriculture qui occupe la majorité de la population active. Le secteur agricole a besoin, selon le ministre nigérien d’un « big push », en d’autres termes, d’investissements massifs qui accroissent les ressources des paysans et augmentent leur pouvoir d’achat. En novembre 2005, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) avait signifié à la communauté internationale que le Niger n’avait pas besoin d’aide alimentaire, mais de projets qui génèreraient des ressources au profit des populations.

Crise alimentaire : le Niger anticipe

Mis sur la sellette à cause de la crise alimentaire qu’il a connue en 2005, le Niger qui avait d’ailleurs demandé de l’aide dès la fin de l’année 2004, n’est en rien un cas isolé. Et peut même faire figure d’exemple quand on considère qu’Henri Josserand, Chef du Système mondial d’information et d’alerte rapide (SMIAR), a estimé qu’il a eu une « une prompte réaction » face à la grippe aviaire, l’autre crise que le pays connaît actuellement. L’agriculture africaine a indéniablement besoin d’être développée au profit de ses acteurs. Dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad), les pays africains ont entériné leur engagement de consacrer 10% de leur budget national au financement de ce secteur. Une nécessité pour pallier la faiblesse de l’investissement privé dans le pays. Mamadou Cissokho, président d’honneur du Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), explique que le taux du crédit agricole est compris entre 18 et 20% dans la région.

L’engagement des Etats est une question de survie pour des populations qui se sont, par exemple, endettées, à cause du péril acridien en 2004, qui ont payé leurs dettes en 2005 en nature (donc en céréales, vidant ainsi leurs greniers) et qui se retrouvent en 2006 avec une capacité financière très réduite à l’approche de la période de soudure. [[La soudure est la période où on assure l’approvisionnement entre deux récoltes. Durant cette période, la population est contrainte de se « débrouiller » pour trouver des ressources monétaires afin d’acheter des vivres, ou de consommer les éléments nutritionnels se trouvant dans des plantes, à l’état naturel. C’est la durée de la période de soudure qui détermine l’acuité de la crise alimentaire. Elle dure habituellement de juin à septembre au Niger. Source : le site du Sénat français]]. Echaudé et pour parer à toute éventualité, le gouvernement nigérien a, entre autres, constitué des réserves de sécurité de 110 000 tonnes pour 2006 et de 200 000 tonnes pour 2007. Un stock géré par l’Office des produits vivriers du Niger (OPVN), rétabli depuis l’année dernière. La structure via laquelle l’Etat achetait des produits vivriers, avait été démantelée dans les années 80 à la faveur des programmes d’ajustements structurels, un fiasco reconnu de tous et surtout par ses propres instigateurs.

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