Les caricatures du prophète reviennent

L’affaire des caricatures rebondit. Mercredi, dix-sept journaux danois ont plublié les dessins controversés pour marquer leur solidarité avec l’un des douze caricaturistes menacés. Mardi, la police danoise a arrêté les auteurs présumés de tentatives d’attentats contre ce dernier.

Il y a deux ans, le monde musulman était en colère contre les caricatures danoises portant atteinte au Prophète Mohammed (QSSL). De violentes manifestations ont eu lieu en février 2006 dans plusieurs pays musulmans pour dénoncer les dessins parus fin 2005 dans un journal danois. Deux ans presque jour pour jour après cette colère, l’affaire des caricatures rebondit avec l’arrestation mardi, par la police, d’auteurs présumés de tentatives d’attentats contre l’un des douze caricaturistes et la publication hier, par 17 journaux danois, des dessins controversés.

Dix-sept journaux danois, dont les trois plus grands, ont en effet publié hier, une caricature du Prophète Mohammed (QSSL) datant de 2005 et dessinée par un caricaturiste qui aurait été la cible d’un attentat, déjoué la veille par la police. Parmi ces journaux, figure le quotidien conservateur Berlingske Tidende qui a décidé, pour la première fois, de reproduire cette caricature controversée pour, assure-t-il, montrer son « refus de l’autocensure après les menaces de mort contre un dessinateur de la presse ». « La liberté d’expression donne le droit de penser, de parler et de dessiner ce qu’on veut (…) et les projets terroristes n’y changeront rien », écrit le quotidien dans un éditorial. La réédition de la caricature, portant atteinte au Prophète, intervient au lendemain de l’annonce par la police, de l’arrestation d’un Danois d’origine marocaine et de deux Tunisiens qui auraient projeté d’assassiner Kurt Westergaard, l’auteur de ce dessin qui était l’une des douze caricatures publiées le 30 septembre 2005 dans le journal danois Jyllands-Posten. Le PET (service de renseignement de la police) a indiqué que les deux Tunisiens seraient expulsés, car ils sont considérés comme un danger pour la sécurité de l’Etat. Les lois antiterroristes adoptées au Danemark en 2002 dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis permettent les expulsions administratives sans passer par les instances judiciaires.

Plusieurs partis danois d’opposition ont critiqué cette décision du gouvernement d’expulser sans jugement les deux Tunisiens. Les Partis socialiste, du peuple et radical se sont joints à ces critiques tout comme le secrétaire général de la section danoise d’Amnesty International, Lars Normann Joergensen. « Nous avons critiqué le fait qu’aux termes des lois antiterroristes, les expulsions extra-judiciaires sont possibles sans que les prévenus ou leurs avocats n’aient le droit de savoir pourquoi et sur la base de documents secrets », a déclaré M. Joergensen à l’AFP. « Ces expulsions sans jugement sont une atteinte à l’Etat de droit », a-t-il affirmé. Mais la presse et la droite soutiennent les mesures de la police contre les trois Maghrébins. Selon Jyllands-Posten, le caricaturiste menacé est Kurt Westergaard, auteur de la caricature la plus controversée sur le Prophète Mohammed (QSSL).

M. Westergaard, 73 ans, et son épouse Gitte se trouvaient depuis plus de trois mois sous une protection policière particulière, devant changer plusieurs fois de domicile après la découverte de plans d’attentat contre eux. Les caricaturistes ont été placés pendant une longue période sous étroite surveillance policière. Le retour au Danemark des caricatures anti-musulmanes n’avait pas encore provoqué hier de réactions dans le monde musulman.

Par Hamid Guemache, pour Le Quotidien d’Oran

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