Les babas de Barbès la jouent cool

On ne les a pas vus depuis presque deux ans. Après deux albums et une tournée mondiale, les rois de Barbès ont jeté l’ancre. L’Orchestre national de Barbès – ONB pour les intimes – prépare son prochain opus à l’abri des projecteurs. La seule chance de les voir, c’est au Cabaret sauvage jusqu’au 1er mars. Ambiance assurée : le public est baba, et eux, toujours aussi cools.

Silence religieux. Les douze musiciens rentrent en piste. Attablé ou accoudé au bar du Cabaret sauvage, le public veille. Cela fait presque deux ans qu’on ne les a pas vus. Stress des retrouvailles. On a un peu peur… Peur de ne pas les reconnaître, peur de ne plus retrouver la même chaleur, la même complicité. Tension lorsqu’ils arrivent sur scène. Eux paraissent ne s’apercevoir de rien. Professionnalisme paisible. Jean élimés, tee-shirts unis. Les membres de l’Orchestre national de Barbès s’installent lentement, font les derniers réglages. Aziz cale son guembril, Larbi sa derbouka. Kamel se met aux percussions.

Pour la première, c’est Aziz qui chante sur des boucles gnawas. Décontenancée. La salle applaudit, mais c’est un nouveau morceau alors on est encore un peu incertains… Les vraies retrouvailles, c’est Kamel qui s’en chargera ce soir. Quand il abandonne sa caisse claire pour s’emparer du micro sur un reggae déjanté. Il alterne arabe et français pour faire partager sa joie. Les premiers  » youyous  » fusent. En un instant, une nuée chaotique enflamme la piste de danse. Impossible de résister aux rois de Barbès !

Succès fulgurant

 » Que ce soit au Paraguay, à New-York, à Tunis ou à Paris, le public fonctionne toujours de la même manière. Ils dansent, ils chantent…c’est à se demander s’il n’y a pas quelque chose de magique là-dedans. » Aziz Sehmaoui caresse distraitement son guembril et s’exprime d’une voix douce. Il peut être serein. L’orchestre national de Barbès – ONB pour les intimes – n’a plus à faire ses preuves. Depuis le succès fulgurant de leur premier album éponyme en 1995, vendu à plus de 200 000 exemplaires, l’ONB est plus qu’une carte de visite. Après Poulina, leur deuxième album sorti en 1999, le groupe fondé par Youcef Boukella a exporté Barbès dans le monde entier. L’Amérique latine d’abord, le Canada, New York, Tunisie, Maroc… Jusqu’à 150 dates par an, dixit Luis, leur manager.  » Et puis on a eu envie de se reposer, de s’arrêter. Chacun voulait faire ses trucs « , explique tranquillement Aziz.

Faut être relax

Car l’ONB reste fidèle à ses débuts. Pas de starification, pas de stress, ambiance famille, un peu baba cool.  » Dans ce groupe, il faut être relax « , résume Smaïl, le nouveau clavier. Personne ne s’accapare la vedette, chacun chante tour à tour, occupe le devant de la scène avant de retourner faire les choeurs. Pas d’obligation de production, pas de contrat aliénant avec une maison de disque. Virgin n’a signé que pour la distribution. Un nouvel album est en préparation, sans date précise.  » On en a eu marre, alors on a refusé tous les concerts, sauf le Cabaret sauvage et quelques grandes dates comme ça… On prépare l’album, on teste un peu les nouveaux morceaux sur scène « , raconte encore Aziz. En 8 ans, ils n’ont même pas changé de local. L’Usine, à Arcueil, reste leur QG.  » Car au milieu de tout ce bordel, il y a une vraie discipline  » selon le joueur de guembril. Même si ce n’est pas toujours facile de se réunir à douze pour répéter. De temps en temps, l’un ou l’autre arrive avec un morceau. Les répétitions se font d’abord à 4 ou 5… ça tourne.

De l’ONB aux Rolling Stones

C’est dans cette douce chaleur, amicale et un peu libertaire, que se concocte donc le prochain opus de la  » bougnoule connexion « . Parmi les nouveaux tubes, quelques morceaux gnawas ou allaouis, sortis du sac inépuisable de compositions de Youcef Boukella. Et puis des surprises aussi. Luis veut faire des secrets :  » Il y aura des surprises, mais il faut que ça reste des surprises alors je ne peux pas dire.  » Mais Kamel, presque aussi vif dans la vie qu’aux percussions, frétille en parlant de la reprise de Sympaty for the devil par l’ONB.  » On a appris que les Rolling Stones passaient systématiquement notre album avant leurs concerts lors de leur dernière tournée !  » Hommage obligatoire. L’effet sur le public est immédiat pour ce mix Maghreb-standard du rock. Sauf que les  » ouhou  » des choeurs se mêlent ici aux  » youyous  » de la foule.

Et Barbès dans tout ça ?

Deux nouveaux musiciens participent au grand come back du groupe, plus ou moins prévu pour septembre. Smaïl, aux claviers et  » Manu  » au saxophone. Emmanuel Le Houezec pour être plus précis, ancien saxo des Garçons bouchers et de Pigalle, et breton pur jus fondu de musique celtique traditionnelle.  » Parce que l’ONB c’est comme Barbès, c’est un grand mélange. Il y a des Algériens, des Marocains, des Français… Barbès, c’est un peu la Médina de Paris !  » pour Aziz. D’accord, mais au fait, pourquoi Barbès ? Aucun membre du groupe n’a jamais vraiment habité dans ce quartier chaud de la capitale parisienne.  » Mais tout le monde y est passé. C’est un symbole. Et puis, ajoute Manu, moi j’ai bien joué avec Pigalle… et j’ai jamais habité à Pigalle.  »

L’Orchestre National de Barbès au Cabaret Sauvage du 6 février au 1er mars 2003, du jeudi au samedi à 20h30 locations points de vente habituels

tel : 01 42 09 01 09

Cabaret Sauvage

Parc de la Villette – Paris 19ème

accès piétons par le 59 bd Mac Donald

métro Porte de la Villette

parking Cité des Sciences