Les allumettes pakistanaises

La contrebande des allumettes pakistanaises en Algérie génère annuellement un bénéfice net de 10 millions de dollars US. Cette manne va directement dans les comptes des barons algériens de l’import-export, qui ne paient ni droits ni taxes douaniers et encore moins les impôts.

Les allumettes sont fabriquées au Pakistan dans des usines financées par la firme américaine Marlboro et dont les produits (frappés du logo Marlboro) sont destinés au marché des pays sous-développés. La main-d’oeuvre est composée principalement d’enfants, ce qui réduit sensiblement les coûts de fabrication. Selon des sources bien informées, les transactions effectuées par les barons algériens de ce trafic atteignent annuellement les 6 à 7 millions de dollars US et engendrent un bénéfice net de 10 millions de dollars sans que les impôts, et encore moins les douanes, perçoivent leurs droits et taxes.

Les barons des allumettes

Une situation dramatique qui a mis à l’arrêt les unités locales de production d’allumettes. Si la Société nationale des tabacs et allumettes (Snta) s’est contentée d’un silence de marbre, le groupe Athmani et son partenaire espagnol Fierro ont, vers la fin du mois de juillet dernier, interpellé les directeurs des impôts et du commerce sur le danger qui pèse sur leur activité. Le groupe Athmani-Fierro ont, après deux années de bureaucratie, monté une usine de fabrication d’allumettes à Constantine. Le montant de l’investissement a atteint les 10 milliards de dinars pour une unité de 70 employés.

« Après avoir finalisé le projet, nous avons constaté une très forte dégradation de l’environnement commercial. En effet, la contrebande qui représentait 10 % des transactions est passée à 90 % des échanges. Ce qui ne laisse pas de grandes chances à une activité commerciale formelle telle que celle envisagée. Nous sommes donc à l’arrêt comme la Snta « , se plaint l’entreprise dans une lettre envoyée au ministère des Finances. Pour mieux étayer ses préoccupations et mesurer l’ampleur des dégâts occasionnés par ce trafic ainsi que ses enjeux financiers, le groupe Athmani-Fierro fait état des résultats d’une enquête qu’il a menée auprès des grossistes d’Alger ainsi qu’à Sétif, dans un quartier à El Eulma, plus connu sous le nom de Dubaï.  » Le constat est alarmant  » puisque pas moins de 10 000 cartons de 1 000 boîtes d’allumettes sont exposés sur les étals. Le prix de vente affiché est de 1400 dinars le carton alors que celui de la Snta est de 2700,36 dinars TTC.

Marge démentielle

Les principaux producteurs asiatiques  » nous ont déclaré que les transactions effectuées avec les acheteurs algériens atteignent annuellement les 6 à 7 millions de dollars US. Le prix de vente de sortie d’usine de ces produits hors normes est de 500 DA à Alger. Ce qui, comparé aux prix des producteurs locaux (1400 DA), laisse une marge brute de 900 DA par carton d’allumettes, soit 180 % de marge, qui atteint annuellement 10 millions de dollars US « , s’indigne le groupe ibéro-algérien. Les statistiques des douanes confirment que depuis 1999 aucune importation d’allumettes n’a été enregistrée à leur niveau.  » On comprend pourquoi aucune allumette locale ne se trouve sur le marché algérien car, tant pour la Snta que pour notre société, la situation est dramatique (…). »

Production locale à l’arrêt

Le groupe Athmani regrette que ses 70 ouvriers et les 200 autres de la Snta soient à l’arrêt à cause des contrebandiers qui, selon lui, contrôlent complètement le marché des allumettes. Du côté des services des douanes, les responsables préfèrent parler de fraude sur la valeur de l’allumette et nient l’information selon laquelle ce produit n’a pas été importé depuis 1999.

« Les importateurs déclarent 0,02 centimes de dinar le carton de 40 boîtes d’allumettes, alors que nous savons que le prix réel du paquet est d’au moins 1, 2 DA. Mais nous ne pouvons rien faire, car nous n’avons pas de convention avec Dubaï, dans la zone franche de Djebel Ali où arrive le produit pour être empaqueté et convoyé vers l’Algérie. Depuis des années, les Emirats refusent de signer cette convention qui nous permet de vérifier les déclarations douanières et d’avoir des preuves concrètes de courants de fraudes », déclare un responsable douanier. L’affaire des deux containers bourrés d’allumettes provenant du Pakistan, interceptés au port d’Alger, est intervenue, comme par hasard, après les lettres de dénonciation du groupe Athmani-Ferrio.

Salima Tlemçani