Les agrumes marocains prêts à s’exporter

La campagne d’exportation des agrumes, qui commence à la fin du mois au Maroc, s’annonce bien meilleure que celle de l’année dernière, particulièrement faible. Le point de la situation avec le secrétaire général de l’Association des producteurs d’agrumes du Maroc.

Créée en 1958, l’Association des producteurs d’agrumes du Maroc (Aspam) regroupe aujourd’hui près de 80% des producteurs d’agrumes du pays et compte 74 membres. Elle a mis des techniciens au service des producteurs dans chacun de ses bureaux régionaux qui prodiguent encadrement et conseils. Ces bureaux servent aussi de relais pour faire circuler les informations concernant les différents marchés (local et extérieur). A deux semaines du lancement de la campagne d’exportation 2002-2003, le secrétaire général de l’Aspam, Ahmed Darrab, fait le point.

Afrik : Comment s’annonce la campagne ?

Ahmed Darrab : Mieux que celle de l’année dernière qui a été très faible, conséquence de trois ans de sécheresse. Nous avons eu un peu de pluie et la production va connaître une augmentation de 14% par rapport à la campagne précédente, soit 1 290 000 millions de tonnes contre 1 140 000 millions de tonnes pour 2001-2002. Mais cela reste une campagne très moyenne par rapport à notre rendement d’avant 2001.

Afrik : De quelle manière se répartit la production d’agrumes marocaine ?

Ahmed Darrab : Au Maroc, 74 000 ha sont réservés à la culture des agrumes. La production, tous fruits confondus, oscille entre 1 200 000 et 1 500 000 tonnes selon les années. Entre 500 000 et 700 000 tonnes sont exportées chaque année. Pour le reste, 500 000 à 600 000 tonnes sont écoulées sur le marché local et 30 000 à 100 000 tonnes sont utilisées pour la transformation. Il y a environ 8 000 producteurs, possédant principalement des petites et moyennes surfaces : celles-ci représentent plus de 40% de la superficie totale et 80% des producteurs travaillent sur 5 ha. La région du Souss (au Sud) représente plus de 50% de la production mais on trouve aussi des exploitations au Maroc oriental, dans le Nord (région de Larache), le centre-nord (le Gharb) et le centre-sud (région de Marrakech).

Afrik : Cette année, vos exportations vont aussi augmenter…

Ahmed Darrab : Oui, de 21% par rapport à l’année dernière. Nous prévoyons d’exporter 520 000 tonnes contre 430 000 en 2001. Depuis plusieurs années, nous avons une politique de diversification de nos débouchés : vers l’Europe de l’Est (nous sommes d’ailleurs leaders en matière d’exportation d’agrumes en Russie), le Moyen-Orient, la Scandinavie, le Canada et les Etats-Unis. Même si l’Union Européenne reste notre marché traditionnel et représente encore 60% de nos exportations (contre 75% il y a 20 ans, ndlr), nous tentons de nous redéployer pour réduire notre dépendance vis-à-vis de ce débouché. En tant que pays tiers et non pas pays membre de l’UE, certaines conditions d’accès au marché nous handicapent.

Afrik : Quels sont les projets de votre Association ?

Ahmed Darrab : Nous avons mis en place un Plan national agrumicole, étalé de 1998 à 2010, afin de renouveler et rénover 34 000 ha de nos vergers. Nous voulons remplacer les vieilles plantations et réadapter certaines variétés, en les choisissant plus performantes. Nous espérons produire, à l’horizon 2010, 1 850 000 tonnes et exporter 850 000 tonnes. Avec l’accroissement démographique et l’augmentation du pouvoir d’achat de la population marocaine, nous tablons sur une consommation locale de 1 million de tonnes. Evidemment, si le ciel n’est pas avec nous et que nous connaissons encore des sécheresses, il se peut que cet objectif soit retardé…

Afrik : N’existe-t-il pas des solutions pour essayer de consommer moins d’eau ?

Ahmed Darrab : Pour pallier à l’inconvénient majeur du manque d’eau, nous avons un plan d’équipement des vergers en micro-irrigation basé sur l’utilisation rationnelle de l’eau (juste ce qu’il faut, quand il faut). Il permet d’économiser jusqu’à 40% d’eau. Mais les installations coûtent cher et ne sont pas accessibles pour la plupart des petits producteurs. L’Etat donne des aides, entre 30 et 40% du prix des installations selon les régions, mais cela reste insuffisant.