Les afroéquatoriens se soignent en ayant recours aux méthodes ancestrales


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Le 13 Septembre 1999 un accord ministériel crée la Direction de la Santé Interculturelle.

Un des buts de cet organisme est d’exécuter des programmes de récupération, de développement et de diffusion de la médecine traditionnelle, les connaissances et les savoirs des nationalités, des peuples et des communautés.

La Constitution, dans son article 57, point 1, déclare que les traditions ancestrales des peuples et des nationalités seront respectées.

Selon le dernier recensement de l’INEC, 5% de la population de l’Équateur est afrodescendante. Le Diagnostic de la problématique raciale élaboré en 2003 par la Banque InterAméricaine de Développement (BID) indique que ce secteur de la population fait face à des difficultés d’accès aux systèmes de santé.

Le rapport relève de plus que les maladies les plus fréquentes chez ce groupe ethnique sont liées aux conditions insalubres des endroits où ils vivent.

Des données récentes de la Direction de la Santé Interculturelle du Ministère de la Santé Publique signalent que les affections les plus fréquentes dans le groupe sont l’hypertension artérielle et la drépanocytose, qui n’affecte que la population noire et consiste en l’altération de l’hémoglobine qui détériore les globules rouges et obstrue les vaisseaux sanguins.

Étant donné l’accès limité aux services de santé, ces maladies et d’autres, comme les affections respiratoires et les infections des voies urinaires sont familières pour Eugenia Maria Quinonez, une “remediera” (genre de guérisseuse traditionnelle) avec 20 ans d’expérience. Chaque jour, trois à quatre patients qui souhaitent guérir de maladies en suivant les méthodes de leurs ancêtres se présentent à son office.

Dans la médecine afro-équatorienne, le divin est lié à la vie. Pour cette raison, là où les médecins prescriraient une série de comprimés (antibiotiques) pour soulager des personnes infectées, la(e) guérisseu(se), dans un premier temps fait un nettoyage toujours accompagné de prières et suivi du traitement de la maladie, uniquement à base d’herbes.

Pour comprendre le système de santé des afrodescendants, il faut connaitre leurs traditions, leurs croyances et leurs états d’esprit …

“Je commence par les purifier pour qu’ils soient prédisposés à obéir au message que je vais leur passer. Puis, selon le cas, je prescris des infusions, des bains de siège, des pommades ; mais tout cela est naturel, sans produit chimique”, explique Quinonez.

Sa méthode est différente de celle des shammans autochtones, en particulier en ce qui concerne les divinités auxquelles ils s’en remettent, comme le démontre leurs coutumes.

Alors que les autochtones remercient la Pacha Mama (Terre Mère), les afrodescendants peuvent faire leurs demandes au dieu des chrétiens et même invoquer les Orishas ou le Vaudou qui sont des forces de la nature.

Fanny Velasquez, “remediera” de San Lorenzo, à Esmeraldas, guérit le mal de foie avec des herbes et des cataplasmes. « J’utilise des plantes comme le discancel, yantén, boloncillo, le camillón et la feuille santa. Une fois que l’on a tous les ingrédients, on les broie et on en extraie le jus auquel on ajoute des gouttes de citron, on laisse reposer à l’extérieur dans la nuit. On le prend les 9 jours suivants à jeun ”, recommande Velazquez.

Autant Quinonez que Velazquez font partie des 130 médecins ancestraux afroéquatoriens enregistrés dans tout le pays. Et leurs méthodes prennent en compte trois éléments: les savoirs personnels, la responsabilité et la modestie. Ainsi, lorsqu’un patient se rend à leurs sessions – indique Quinonez -la première étape consiste à parler avec lui pour déterminer son état émotionnel, car » très souvent les maladies sont de l’âme, il faut donc assainir cet aspect pour voir ce dont le corps souffre”.

Irma Bautista, une militante afroéquatorienne et membre de la Direction de la Santé Interculturelle confirme que les personnes de ce groupe ethnique ont l’habitude d’appliquer des méthodes de guérison de leurs ancêtres comme une alternative à la médecine clinique.

Une étude réalisée par Bautista indique que pour comprendre le système de santé des Afrodescendants, il faut connaître leurs croyances, leurs traditions et leurs façons de voir le monde. « Il y a le respect et la crainte de la nature, tous ses éléments sont vivants et ont de l’énergie que l’on peut transmettre. Pour nous, il y a des personnages mythologiques et spirituels qui peuvent guérir ou causer des maladies « , dit-elle.

Les afrodescendants acceptent cependant le diagnostic des médecins que ce soit ceux formés à l’occidentale ou ceux de leurs propres guérisseurs. Ces derniers émettent leur jugement après avoir observé des comportements. “Quand quelqu’un a le mal de foie, il a la bouche amère, une mauvaise haleine, son estomac, et ce qui leur faut, c’est de prendre beaucoup d’eau ”, décrit Velázquez.

Bautista souligne que le tout est traité par herbologie, car c’est la base des « remedieros. “Il y a quelques mois nous avons eu une conversation avec un savant du Mali qui nous a dit que les Africains soignent toutes leurs maladies avec des herbes. Mais, il disait que dans des pays comme le nôtre, cette forme de guérison ne sera bientôt plus totalement applicable, car il existe de nombreuses variétés de plantes qu’on ne retrouve pas ici”.

Les accouchements sont une autre occasion d’avoir recours aux pratiques ancestrales chez les afrodescendants. Bautista affirme qu’à Borbón, lieu où cette ethnie est bien implantée, 80% des femmes préfèrent la sage-femme qui applique les techniques ancestrales au médecin.

Elisa Sanchez, cinquante ans incarne l’assurance d’un accouchement effectuée en appliquant cette connaissance, qu’elle a, dit-elle, appris de ses tantes. “J’ai mis au monde plus de cinq cents enfants et tous en bonne santé, dit-elle fièrement”.

Tout comme une grossesse traitée dans le cadre d’une consultation hospitalière, Sanchez fait un contrôle mensuel de ses patients. « J’observe la position du bébé, je détermine si c’est une fille ou un garçon, je l’ajuste …en utilisant uniquement mes mains”, dit-elle.

Après l’accouchement, Sanchez fait un suivi pendant quarante jours, et les mères restent par conséquent chez elle pour que la sage-femme les nourrisse.

Traduit de l’Espagnol Par Guy Everard Mbarga

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