Les Africaines au travail : au Sud, du nouveau

L’économie villageoise – dans laquelle évoluent la majorité des Africains – fait la part belle aux femmes… en termes de quantité de travail. Surchargées de tâches, exclues du pouvoir de décision, les femmes subsahariennes n’en sont pas moins celles par qui le progrès arrive.

Le premier constat est simple à effectuer : les femmes sont le moteur de l’activité et de la production dans l’Afrique subsaharienne traditionnelle, celle des communautés rurales, de l’économie de subsistance, du petit artisanat et des échanges de proximité. Une Afrique noire bien distincte, de ce point de vue, du Maghreb où villes et villages sont plus ouverts les uns aux autres.

Le second constat est tout aussi limpide : l’implication de la femme noire dans la vie du groupe est multiforme, au cours de journées de travail dont le rythme est souvent démentiel : seize à dix-huit heures par jour en moyenne pour les paysannes sénégalaises. Le PNUD a établi que les femmes produisent 70 % des aliments consommés sur le continent africain. Des chercheurs ont tenté de formaliser ce rôle multiple. Leur jargon, pour une fois, est expressif : » productif, reproductif et communautaire « . S’occuper des enfants, soigner le bétail, travailler la terre, préparer les repas, vendre au marché, aller au puits chercher l’eau, la porter, s’occuper à nouveau des enfants… tout cela en étant très souvent enceinte.

Mineures sur le plan économique

Tel est le lot ordinaire de millions de femmes africaines. Actrices principales de la vie collective, elles ne sont, individuellement, que les auxiliaires d’un monde dominé par les hommes. Leur fonction vitale sur le plan économique ne s’accompagne, le plus souvent, d’aucun pouvoir de décision ni de la moindre propriété personnelle*. Pourtant, leur compétence en matière de gestion des ressources du foyer se fait chaque jour plus claire, au fur et à mesure que la crise, les guerres, la maladie accroissent le nombre de foyers monoparentaux. Une étude présentée à la conférence mondiale de Pékin sur les droits des femmes, en 1995, a établi que  » lorsque elles ont un emploi suffisamment rémunéré, les femmes sont plus disposées que les hommes à consacrer leurs gains au bien-être (…) des enfants. «  Au Kenya et au Malawi par exemple, il faut quinze fois plus d’argent pour nourrir les enfants lorsque le revenu est gagné par le père plutôt que par la mère…

Mais quand une villageoise africaine élève sans père ses enfants, c’est le plus souvent dans la maison de ses propres parents, là où elle est encore jugée mineure sur le plan économique.

Cette contradiction entre une production forte et un pouvoir faible ne pouvait échapper aux stratèges du développement. La résoudre, pensent-ils, c’est accélérer la sortie des villages africains d’une économie de survie et leur insertion dans le circuit monétaire. Le Fonds international de développement agricole (FIDA), une organisation satellite de l’ONU, a publié en juin 2000 une étude sur  » le rôle-clé des femmes rurales dans la lutte contre la faim et la pauvreté. «  Deux cents projets locaux du FIDA ont ainsi été évalués selon le critère de l’implication des femmes. Il en ressort, pour l’Afrique, la nécessité d’encourager le développement des groupes exclusivement féminins de production artisanale ou agricole.

Leurs propres forces

Un peu partout, depuis une décennie au moins, des ONG ont misé sur la responsabilisation des femmes. C’est le cas, par exemple, d’Agriculteurs français et développement international qui a soutenu avec succès, en Casamance, la création de plusieurs poulaillers communautaires gérés par des associations de villageoises. Mais le plus souvent, ces schémas trop idéaux doivent, pour réussir, tenir compte de l’habitude qu’ont les Africaines de se conformer au système traditionnel. Le FIDA n’hésite pas, dans son dernier rapport, à contredire ses propres conclusions pour considérer qu’en Afrique subsaharienne, les hommes doivent être associés aux projets de développement agricole visant les femmes :  » Ce sont les hommes qui décident quels outils doivent être achetés, même si les femmes sont la force de travail principale. « 

Pas à pas, des Africaines travaillent à rendre le continent plus apte à relever ses défis. On aura compris qu’elles doivent compter d’abord sur leurs propres forces. Le Républicain du Niger consacrait, il y a un mois, un article au rôle des paysannes contre la désertification. Voici sa conclusion :  » Dans ce combat de titans, les ONG et associations des femmes doivent être aux premières loges, lorsqu’on sait que la plupart des autorités se contentent de planter des arbres sous l’oeil de la caméra TV, sans se soucier le moins du monde de leur devenir. « 

* Les femmes forment 1 % des propriétaires africains de biens immeubles ou fonciers