Les acteurs clefs du secteur semencier en Afrique se réunissent pour accélérer la promotion des systèmes semenciers au service des paysans africains aux ressources limitées

Au moment où les mauvaises récoltes menacent encore une fois les vies et les moyens de subsistance des millions de personnes en Afrique, 300 agronomes, entrepreneurs, organisations paysannes et gouvernements de tout le continent se sont réunis pour déployer un effort massif au développement et à la production des variétés de cultures vivrières importantes résistant à la maladie et à la sécheresse en Afrique.

La réunion regroupe un éventail d’experts de 20 pays qui, collectivement constituent le noyau du Programme des Systèmes semenciers pour l’Afrique (PASS), une initiative de 150 millions de dollars lancée il y a deux ans par l’Alliance pour une Révolution Verte en Afrique (AGRA) pour fournir des variétés améliorées de riz, de maïs, de millet, de sorgho et d’autres produits de base aux millions de paysans aux ressources limitées en Afrique.

Des rapports faisant état le mois dernier de la famine induite par la sécheresse affectant potentiellement 20 millions de personnes en Ethiopie, en Erythrée, au Kenya, en Somalie, au Soudan et en Ouganda nous rappellent encore une fois les défis à relever par l’agriculture africaine et donnent un nouveau sens de l’urgence à l’effort du PASS.

‘Faute d’un système viable, durable qui fournit à nos paysans des rendements plus améliorés et des variétés de nos cultures vivrières résistant à la maladie et à la sécheresse, les Africains continueront d’être exclusivement vulnérables aux crises alimentaires’, a affirmé Dr Namanga Ngongi, président de l’AGRA.

Pendant sa courte existence, le PASS s’est rapidement employé à dynamiser le développement et la distribution des semences améliorées aux paysans africains qui doivent à présent dépendre des semences de mauvaise qualité sauf pendant les récoltes précédentes ou distribuées par les groupes caritatifs. Tel qu’il est souligné lors de la conférence, les activités du PASS dans la filière semencière ont déjà abouti à la formation de plus de 100 agronomes africains, au financement de quelques 40 programmes d’amélioration génétique des plantes, manipulant 65 nouvelles variétés de plantes à haut rendement sur les champs, fournissant des capitaux de démarrages à 32 sociétés semencières africaines qui ont produit collectivement environ 6000 tonnes métriques de semences certifiées et enrôler 5000 distributeurs d’intrants agricoles qui à eux seuls ont fourni aux paysans aux ressources limitées 45 millions de dollars sous forme de semences et d’intrants agricoles.

Etat du secteur semencier en Afrique

Et pourtant, il subsiste d’énormes défis et des goulots d’étranglement dans presque chaque maillon de la filière semencière. Un domaine crucial abordé à plusieurs reprises par les conférenciers a été la nécessité de développer un secteur privé puissant de sociétés locales produisant et diffusant des semences de grande qualité et certifiée.

Aucune région au monde n’a mis au point un système semencier sans l’intervention des sociétés semencières, a déclaré Dr Joseph DeVries, directeur du PASS. Un puissant secteur semencier commercial africain au service des paysans aux ressources limitées a été pendant longtemps le maillon manquant dans la création d’un système semencier durable. Aujourd’hui, nous renforçons ce lien.

Une nouvelle étude publiée dans les documents de la conférence fait l’état des lieux du secteur semencier dans quatre pays ouest-africains : Nigeria, Ghana, Mali et Bénin. Au total onze sociétés semencières seulement ont été identifiées dont huit au Nigeria.

A l’exception du Nigeria, il n’y a pas assez de sociétés semencières en Afrique de l’ouest pour dynamiser un secteur semencier viable, a affirmé le coauteur de l’étude et chargé de la formulation de politique Augustine Langyintuo. Nous devons accroître le nombre de sociétés semencières si les paysans aux ressources limitées peuvent avoir la capacité d’accéder aux semences améliorées et cultiver plus de produits alimentaires.

L’étude, conduite sous les auspices de Projet africain sur le maïs tolérant la sécheresse, a constaté que la demande de semences de maïs améliorées dépasse l’offre. De 1997 à 2007 en Afrique de l’ouest seul un tiers de la demande des paysans a été satisfait. Cependant, ce nombre masque d’énormes différences dans la région.

Au Niger, par exemple, les semences améliorées couvrent 4% seulement des besoins des paysans, selon Maizama Issourfou de Alheri, la première société semencière privée livrant des semences améliorées directement aux paysans démunis du Niger.

La situation en Afrique orientale et australe est identique. Bien qu’il existe plus de sociétés semencières privées, d’importants obstacles ont historiquement bloqué leur aptitude à accroître la production des semences améliorées. En 2007, le montant total des semences améliorées produites n’était que de 9% plus qu’il y a une décennie, en dépit de la présence de plusieurs autres sociétés semencières.

Les obstacles au développement de systèmes semenciers robustes en Afrique comportent le manque d’accès au crédit ; 1% seulement du financement de la banque commerciale va à l’agriculture. De même un problème se pose au niveau du manque d’accès à la production de semence et au matériel de traitement. Au nord du Ghana par exemple, il n’y a qu’une unité de traitement des semences pour servir plus de 50 semenciers, selon Joseph Bapule de la Savanna Seed Services Co. Ltd.

Les politiques gouvernementales ont également créé des obstacles en freinant la livraison de nouvelles variétés avérées, en attachant peu d’importance aux systèmes régulateurs semenciers et en mettant en vigueur des barrières inutiles aux commerces des semences.

Cependant, les conférenciers ont affirmé que la situation s’améliore.

Sociétés innovatrices, nouvelles semences et politiques marquant la différence

En dépit des multiples défis, au cours des deux dernières années, les acteurs du PASS ont prouvé qu’ils sont loin d’être insurmontables et, mieux, qu’à travers l’Afrique la demande est forte pour les variétés améliorées pouvant permettre aux paysans de booster leur récolte et mieux tenir tête aux menaces telles que la sécheresse et la maladie.

Une évaluation de l’AGRA en début de cette année a révélé que la quasi-totalité des producteurs de semences du PASS dans les 13 pays ont vendu la totalité de leurs semences. La plupart ont indiqué qu’ils pourraient vendre plus. De même, en deux ans seulement, les investissements dans 24 petites et moyennes sociétés et coopératives ont contribué à doubler la production, de 2656 tonnes métriques à 5284 tonnes métriques. Le PASS espère voir ces totaux porter à 13.000 tonnes d’ici la fin de cette année.

AGRA renforce également les réseaux des distributeurs d’intrants dans huit pays en Afrique orientale et australe (Kenya, Tanzanie, Malawi, Ouganda, Zambie, Ethiopie, Mozambique et Rwanda), et trois pays en Afrique de l’ouest (Ghana, Nigeria et Mali). Ces distributeurs d’intrants agricoles atteignent des dizaines de milliers de paysans par des semences de grande qualité abordables, des engrais et d’autres intrants. Dans juste quatre pays, le Malawi, la Tanzanie, le Kenya et la Zambie, l’AGRA a financé la formation de 4426 distributeurs d’intrants, conduisant à la certification de 3612 distributeurs d’intrants. Collectivement, ils ont vendu pour près de 2 millions de dollars d’intrants agricoles aux paysans.

Les acteurs du PASS participant à la conférence du Mali sont porteurs d’un certain nombre de rapports d’activité

 Le système de recherche publique du Mali, a publié entre-temps trois nouvelles variétés hybrides de sorgho et envisage de livrer cinq variétés de maïs avant la fin de l’année. L’an prochain, il espère enregistrer une nouvelle génération de variétés de riz pluvial, également produit localement.

 En juin, cette année, l’Ouganda a livré trois nouvelles variétés hybrides de maïs qui sont à présent commercialisées par l’industrie semencière privée en croissance rapide du pays. En Ouganda tout comme dans plusieurs autres pays où opère le PASS, la croissance de l’industrie semencière est limitée non par la demande des paysans en semence améliorée ( qui demeure toujours élevée), mais par la disponibilité de nouvelles variétés localement adaptées et assez de producteurs de semences pour les multiplier et les commercialiser.

 Au Rwanda, les scientifiques parrainés par le PASS mettent au point des variétés améliorées de haricots résistant aux maladies et à la sécheresse et le mais tolérant le stress. Le PASS a également investi dans une société semencière rwandaise qui produit et distribue aux paysans aux ressources limitées des variétés améliorées de maïs, de haricots, de sorgho, de manioc et de sojas.

 Au Malawi, les sociétés locales de semences se sont associées pour produire près de 500 millions de tonnes de maïs amélioré et de semences légumineuses qui seront bientôt livrées à la vente aux paysans locaux. Quelques 250 millions de tonnes de cette semence a été également cultivée localement et a produit des maïs hybrides très prisés des paysans locaux.

 Au Mozambique, les scientifiques parrainés par le PASS mettent au point du maïs résistant à la maladie, le sorgho tolérant le stress et les variétés de riz. Le PASS finance deux sociétés nationales de semences, l’une qui a déjà produit et distribué 1285 tonnes métriques de variétés améliorées de maïs, du dolique, du sorgho et du tournesol ; a acheté et installé sa propre structure de traitement de semences et recruté et formé un réseau de 38 distributeurs d’intrants. Cette année, pour la première fois, les sociétés semencières mozambicaines commenceront la production de semences de maïs hybride pour la commercialisation aux paysans locaux.

 En Ouganda, le PASS a permis à 10.000 cultivateurs de haricot d’accroître les rendements et fourni aux paysans aux ressources limitées dans 23 districts 10557 pieds de bananiers résistant aux champignons dévastateurs et qui se propagent rapidement.

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L’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA)

L’AGRA est un partenariat dynamique oeuvrant sur le continent africain pour aider des millions de paysans aux ressources limitées et à leurs familles à sortir de la pauvreté et de la famine. Les programmes de l’AGRA apportent des solutions pratiques pour booster de manière significative la productivité et les revenus des pauvres tout en sauvegardant l’environnement. L’AGRA est présidée par M. Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations Unies. Grâce à l’appui de la Fondation Rockefeller, de la Fondation Bill & Melinda Gates et du Département du Royaume-Uni pour le Développement international (DFID), l’AGRA mène des activités à travers l’Afrique subsaharienne et a des bureaux à Nairobi au Kenya et à Accra au Ghana.

www.agra-alliance.org