Les abus sexuels sur les enfants de la région des Grands Lacs dénoncés

Un rapport de l’organisation humanitaire World vision, publié lundi à Kampala, en Ouganda, dénonce les abus sexuels commis sur la moitié des enfants déplacés par les conflits dans la région des Grands Lacs. Ce rapport porte sur un échantillon de 304 enfants de 10 à 18 ans basés dans cinq pays.

1,4 millions d’enfants déplacés par les conflits dans la région des Grands Lacs, ont été victimes de violences sexuelles sous différentes formes. Le rapport de l’organisation humanitaire World Vision, intitulé The futur in our hands : Children displaced by conflicts in Africa’s Great Lakes région publié lundi à Kampala, la capitale ougandaise, dénonce ces atrocités. Il est basé sur l’analyse de 304 questionnaires distribués à des enfants âgés de 10 à 18 ans vivant en RD Congo, Tanzanie, Burundi, Rwanda et au nord de l’Ouganda où l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) aurait une grande responsabilité dans ces crimes. En effet, le mouvement rebelle ougandais aurait enrôlé des garçons pour combattre et les dilles pour être femmes de soldats.

Depuis 1994, World vision dirige un programme d’aide aux enfants qui se sont échappés des campements de LRA. Sur 61 enfants ougandais interrogés pour l’enquête, 38 ont déclaré avoir été violés. Le rapport indique que lorsque les garçons et les filles ont subi le viol, celui infligé aux secondes est plus violent. Au total, sur l’échantillon de 300 enfants étudié par l’organisation pour l’ensemble de l’Afrique des Grands Lacs, quelque 183 filles et 121 garçons ont été victimes de violences. L’enquête explique l’origine de la grande vulnérabilité des filles aux abus sexuels dans les relations socioculturelles existantes entre l’homme et la femme dans les traditions africaines, à l’exemple du mariage précoce.

Les abus sont essentiellement des viols, des tentatives et menaces de viols. Les forces combattantes ne sont pas les seuls acteurs de ces atrocités. Les autres réfugiés, des membres des forces de sécurité, le personnel soignant, les enseignants et les humanitaires sont aussi coupables de ces crimes. The futur in our hands indique que les filles sont exploitées sexuellement par les personnes bien connues d’elles, celles qu’elles rencontrent quotidiennement et en qui elles ont confiance.

Vulnérabilité des enfants

Les conflits armés ont un impact négatif sur les familles déplacées, en particuliers sur les enfants qui sont vulnérables physiquement et psychologiquement. Les enfants sont, pour beaucoup d’entre eux, orphelins, et livrés à eux-mêmes. « Les jeunes filles étaient souvent contraintes de se prostituer pour avoir de l’argent afin de se payer des médicaments, de la nourriture, ou même d’entretenir leur famille », note le rapport.

Par ailleurs, il n’existe pas de politique de sensibilisation sur les abus sexuel et la proximité dans les camps amène parfois les enfants à assister aux ébats sexuels des adultes. Cette pornographie favorise, selon le rapport, l’exploitation sexuelle des enfants et des jeunes filles en particulier.

« La situation des enfants dans ces camps est précaire » déplore Valérie kamatsiko, coordinatrice régionale de World Vision. L’ONG encourage les gouvernements de la région à mettre en place des programmes de protection et d’assistance en faveur des déplacés. Elle les exhorte à garantir l’accès à l’éducation et aux soins de base aux enfants, et à œuvrer pour la réunification des enfants séparés de leur famille.

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