Le théâtre congolais ne veut pas mourir

Temps difficiles pour le théâtre congolais. Conjoncture économique et sociale dramatique, fuite des professionnels, cloisonnement intérieur prononcé. Mais le théâtre congolais se refuse à mourir. L’Institut International du Théâtre vient de l’assurer de son soutien.

De notre correspondant à Kinshasa

Les oeuvres de l’esprit sont les premières à pâtir d’une mauvaise conjoncture économique et sociale. Le Centre Congolais de l’Institut International du Théâtre (CCIIT) en vit la triste expérience depuis près de 12 ans d’une vie quasi-végétative. A la suite de la mise au ban de la République démocratique du Congo par la communauté internationale, début 1990, la situation sociale des Congolais n’a fait que se dégrader. Conséquence : les Congolais ont déserté les salles de théâtre.

Un constat amer établi par les professionnels du théâtre congolais au cours des sept journées théâtrales organisées à Kinshasa, à l’occasion de la journée mondiale du théâtre le 27 mars. On en retiendra surtout la condition malheureuse des professionnels congolais du théâtre et le manque de politique nationale du théâtre en RDC. Cependant, en dépit de cette mauvaise conjoncture, les professionnels du théâtre ne veulent pas se décourager.

Réservé à une élite

Ils disent même comprendre le public qui ne vient au théâtre que lors des présentations de « premières » parce que prises en charge par certains centres culturels étrangers. « Nous ne pouvons pas jeter la pierre au public congolais, explique le professeur Joseph Ndundu Kivwila, metteur en scène et acteur. Le théâtre est réservé à une élite. La guerre qui déchire le Congo ne permet plus au public du théâtre de s’adonner à son loisir favori « .

Joseph Ndundu Kivwila, 25 ans de scène, professeur d’art dramatique à l’Institut National des Arts (Ina) de Kinshasa, pointe le manque d’encadrement de la profession. « Le problème n’est pas tant la qualité des hommes de théâtre que la disponibilité des mécènes du théâtre et des producteurs. Le théâtre congolais n’a rien à envier aux autres théâtres à travers le monde. D’ailleurs, bon nombre de professionnels congolais se produisent en Europe et aux Etats-Unis dans des troupes très côtées ».

Les actrices s’exilent

Les professionnels congolais partent à l’étranger dès qu’ils le peuvent, lassés de devoir souffrir la galère sur les planches congolaises. « Chaque fois que nous effectuons une tournée en Europe, nous perdons des acteurs, déclare Etienne Mitendo, l’actuel président du CCIT. Ils en profitent pour signer des contrats avec des troupes plus rémunératrices.  »

Etienne Mitendo est également président du « théâtre des intrigants », une troupe très célèbre à Kinshasa qui a choisi de populariser le théâtre congolais. Le théâtre est installé à Njili, en plein quartier populaire, non loin de l’aéroport qui dessert la ville de Kinshasa. Etienne Mitendo dit avoir perdu plus de la moitié de ses meilleurs acteurs au profit de troupes étrangères. « Nous ne blâmons pas ceux qui ont choisi de se produire à l’extérieur. Au moins, ils font connaître l’école congolaise de théâtre. Ce qui est vrai pour le football ou la boxe l’est également pour le théâtre. Les jeunes préfèrent s’essayer ailleurs. Nous avons remarqué que les femmes s’exilent plus facilement. Chaque troupe en perd une ou deux à chaque sortie ».

Reconnaissance internationale

Au-delà des handicaps qui minent le théâtre congolais, les journées internationales ont attiré les foules. Toutes les salles de spectacle de Kinshasa ont été mises à contribution pour offrir gracieusement au public congolais ce que les professionnels avaient de meilleur. Les invités étrangers venus à l’occasion de cette fête théâtrale ont pu apprécier le niveau du théâtre congolais. « Je dois avouer qu’il est d’une vitalité admirable, a déclaré Jean-Pierre Guingané, professionnel burkinabè et président du Centre Africain de l’ Institut International du Théâtre. La RDC est un vivier très riche en professionnels. Malheureusement, le théâtre congolais n’est pas très connu à l’extérieur ».

Jean-Pierre Guingané a assuré ses homologues congolais de son appui en faveur du théâtre congolais sur le plan international. En plus de la délégation du Burkina Faso, les invités venaient du Ghana, du Togo, de Sierre Leone et d’Angola. Leur présence à Kinshasa a apporté du baume au coeur des professionnels congolais qui en avaient vraiment besoin. « Au moins, nous sommes sûrs d’être reconnus sur le plan international », s’extasie Joseph Ndundu Kivwila.