Le sida en bande-dessinée

Au Kenya, la lutte contre le sida passe par les ondes et par les bulles… Après avoir initié un feuilleton radio très populaire sur le sujet, le Dr Kimani Njogu a lancé une bande- dessinée qui renforce les messages sociaux et de santé contenus dans le feuilleton. Interview.

Une bande-dessinée traitant du VIH/sida au Kenya a montré que l’on pouvait combiner loisirs et éducation. L’extraordinaire popularité du feuilleton radio « Ushikwapo Shikamana » (« Si on t’aide, aides-toi toi-même ») a conduit à la création d’une bande-dessinée qui renforce les messages sociaux et de santé contenus dans le feuilleton. RAP 21 a discuté avec le Dr. Kimani Njogu. Il est à l’origine des deux projets et de l’expansion de cette stratégie créative pour traiter du délicat sujet du VIH/sida afin d’abolir les obstacles qui s’opposent à l’ouverture d’un débat sur la pandémie.

Comment vous est venue l’idée de créer une bande-dessinée pour accompagner le feuilleton radio ?

Kimani Njogu : J’ai toujours souhaité mettre la culture populaire au service du bien-être social et créer des produits dérivés. Le feuilleton radio est un moyen intéressant d’atteindre un grand nombre de gens. Mais je sais également que les gens qui achètent le journal lisent souvent les bandes-dessinées en premier. Mon beau-père les lit systématiquement dans Taifa Leo. J’ai donc discuté avec des collègues de la possibilité de créer une bande-dessinée à partir du feuilleton radio. Les rédacteurs en chef de Taifa Leo étaient très enthousiasmés par ce projet.

Quelle ont été les stratégies du feuilleton radio et de la bande-dessinée pour aborder la question du VIH/sida ?

Kimani Njogu : Dans les deux cas, nous célébrons la vie et nous partons du principe que les individus et les communautés peuvent faire une différence. Nous prônons l’efficacité individuelle et collective ainsi que le fait que nous ayons un contrôle sur notre destinée. A travers les personnages, nous abordons avec amour et avec délicatesse les questions de la prévention, de la destigmatisation et de l’acceptation personnelle de la maladie. Le feuilleton radio « Ushikwapo Shikamana » met en scène la vie quotidienne dans trois environnements types du Kenya : un centre urbain, une banlieue et une région rurale, où les possibilités d’éducation et d’emplois rémunérés sont rares. La prévention du VIH/sida, la compassion pour les personnes atteintes du viru, et le sort des orphelins dont les parents sont morts du sida sont des thèmes importants de l’émission.

Quelle a été la réaction du public face à la bande-dessinée ? S’est-elle révélée un moyen efficace d’aborder ce sujet difficile ?

Kimani Njogu : Notre public l’adore ! Les médias nous consacrent des articles trois fois par semaine depuis quatre ans ! Nous recevons des lettres et des commentaires de toutes sortes de gens. Nous avons des réactions de la part de prisons, d’écoles et de lecteurs individuels. Je pense qu’il s’agit d’un moyen très efficace pour atteindre un grand nombre de personnes et traiter de questions sensibles qui émeuvent les gens.

Comment préparez-vous la bande-dessinée ?

Kimani Njogu : Je travaille étroitement avec le rédacteur en chef de Taifa Leo et avec un dessinateur, un chercheur et un stagiaire des médias. L’équipe se réunit une fois par semaine pour déterminer l’orientation de la BD cette semaine-là. Nous passons également en revue le script radio et nous cherchons des idées intéressantes sur le plan graphique. Nous préparons alors les dialogues. Le dessinateur travaille ensuite sur les croquis, que nous examinons et commentons. Les derniers détails sont finalisés et nous présentons la bande-dessinée à Taifa Leo sous sa forme définitive. Chaque mois, les valeurs reflétées dans la BD sont passées en revue par le chercheur, qui analyse les lettres du public pour conseiller l’équipe.

Quelle a été la plus grande difficulté liée au lancement de cette bande-dessinée ?

Kimani Njogu : Le fait que nous sommes tous très occupés et que nous avons des délais à respecter.

Après le feuilleton radio et la bande-dessinée, avez-vous d’autres projets en tête ?

Kimani Njogu : J’adorerais faire de l’animation. J’explore également l’utilisation de l’anglais et d’autres langues kenyanes pour développer la bande-dessinée. Nous avons compilé les BD hebdomadaires dans une série d’albums en 2001. Ces albums sont distribués par le biais des magasins, des programmes d’alphabétisation pour adultes et des associations féminines, religieuses et de jeunesse à travers l’ensemble du Kenya.

Une telle idée pourrait-elle être adoptée dans d’autres pays qui connaissent des problèmes similaires à ceux de la population du Kenya ?

Kimani Njogu : Je pense que cette idée recèle un énorme potentiel. Cela impliquerait toutefois d’en discuter avec les décideurs, qui ne sont toujours pas convaincus de la puissance de la culture populaire.

L’interview a été réalisé par le Réseau africain de presse pour le 21ème siècle (RAP 21).
RAP21@wan.asso.fr