Le sexe, nouvelle monnaie des camps de réfugiés

Dans les camps de réfugiés de Guinée, du Liberia et du Sierra Leone, le sexe est une monnaie d’échange comme une autre. Pour obtenir nourriture et médicaments, des jeunes filles de 13 à 18 ans ont été obligées de coucher avec les agents humanitaires qui sont censés les aider. Les conclusions d’une enquête sur ce sujet révèlent une pratique étendue.

 » Il n’y a pas de plus grande douleur au monde que la perte de sa terre natale « , disait Euripide en son temps (431 av J-C). Et bien si, il y a pire. Il y a fuir son pays et être réfugié en Afrique de l’Ouest. Le Haut Commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR) et l’ONG anglaise Save the children (Sauvez les enfants) ont révélé mardi les premières conclusions d’une enquête menée du 22 octobre au 30 novembre 2001 dans différents camps de réfugiés en Guinée, Liberia et Sierra-Leone.

Conclusions accablantes. Sur la base de 1 500 témoignages directs, elles mettent en lumière une affaire d’abus sexuel à l’encontre de jeunes filles âgées de 13 à 18 ans dans les camps de réfugiés. Soixante-sept personnes, des employés d’agences humanitaires locaux pour la plupart, sont soupçonnées d’avoir monnayé nourriture, médicaments et autres produits de première nécessité contre des relations sexuelles avec les jeunes femmes.

40 agences impliquées

Selon les témoignages, il s’agirait d’une pratique étendue et courante, instaurés par les agents d’ONG dès qu’ils ont un peu de pouvoir.  » Je suis constamment remise au bout de la queue pour l’aide car j’ai refusé de coucher avec l’un des agents « , explique une femme à la BBC.  » Ils se servent de la nourriture comme appât pour vous obliger à avoir des relations sexuelles avec eux « , rapporte à l’Afp une adolescente au Liberia. Une autre avoue :  » Ici, personne ne peut obtenir une ration nutritionnelle sans sexe d’abord. Ils disent un kilo contre du sexe.  » L’utilisation de préservatifs lors de ces rapports sont, eux, beaucoup moins fréquents.

Les emprunts d’argent, comme les cours dispensés dans les camps ou les offres de travail dépendraient donc de la  » bonne volonté  » des jeunes filles. Poussés par une pauvreté extrême, les parents fermeraient les yeux… Quarante agences – dont le HCR – sont impliquées, ainsi que des casques bleus de la Mission des Nations-Unies en Sierra Leone (Minusil), révèle Save the children.

Le HCR a annoncé des mesures – comme le renforcement du personnel féminin dans les camps – et l’envoi d’une mission d’enquête.  » C’est un problème qui ne concerne pas seulement l’Afrique de l’Ouest, mais il y apparaît particulièrement aigu « , a déclaré Ron Redmond, porte-parole du HCR à Genève. A quand une surveillance accrue des camps de réfugiés africains et des personnes les plus vulnérables (enfants seuls, isolés) ? Le rapport, en entachant la réputation d’organisations aussi renommées que le HCR, devrait pousser les ONG à revoir leur politique de distribution.