Le séparatisme est derrière nous

Après le coup d’Etat manqué de septembre dernier, les Comores ont retrouvé leur calme. L’archipel prépare maintenant le référendum sur le projet de constitution de l’Union des Comores, prévu le 23 décembre prochain.

Les Comores s’apprêtent à tourner la page de quatre ans de crise politique, économique et sociale. Le 23 décembre prochain, les Comoriens sont appelés à se prononcer sur le projet de constitution de l’Union des Comores qui remplacera l’actuelle République Fédérale Islamique des Comores. Le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Mohamed El-Amine Souef, parle de l’avenir de l’archipel avec optimisme.

Afrik : Après le coup d’Etat manqué de septembre dernier, quelle est la situation à Anjouan ?

Mohamed El-Amine Souef : Ce qui s’est passé en septembre découle de la situation socio-économique que connaissent les Comores depuis 1997. Depuis cette date, il n’y a aucune structure institutionnelle, certains Anjouanais accusent 30 mois d’arriérés de salaire, ce qui est insoutenable. Il y a eu une révolution au sein même du Palais pour interpeller les autorités à régler au plus vite la crise. Le calme est revenu très vite. La situation est calme et la sécurité règne mais les problèmes économiques demeurent. C’est pourquoi il y a urgence : la communauté internationale doit aider la population comorienne à se sortir de la crise.

Afrik : Les Comoriens sont appelés à se prononcer sur le projet d’Union des Comores le 23 décembre par la voie d’un référendum. Quels seront les thèmes de la campagne référendaire qui débute le 3 décembre ?

Mohamed El-Amine Souef : Le gouvernement s’est engagé à oeuvrer pour la réconciliation nationale. Dans ce sens, le projet de Constitution a été élaboré avec les efforts de toutes les tendances, société civile, opposition, mouvance présidentielle. Les deux thèmes principaux de la campagne seront la préservation de l’unité territoriale des Comores et le développement du pays. Sur ce point, nous nous donnons une échéance de 5 ans pour éradiquer la pauvreté de l’ensemble du pays. C’est un projet ambitieux que nous allons mener avec la Banque Mondiale.

Afrik : Le projet de Constitution constitue donc l’espoir de voir se régler la crise actuelle ?

Mohamed El-Amine Souef : Tout à fait. En arrivant au pouvoir en 1999, le colonel Azali s’était fixé deux objectifs. D’abord, résoudre la crise séparatiste. Et l’on peut dire qu’aujourd’hui, le séparatisme est derrière nous. Les partisans du rattachisme (à la France, ndlr) ou de l’indépendance ont travaillé avec nous sur le projet de Constitution. Le colonel Azali a donc réussi là où les politiques avaient échoué. C’est lui qui a amené les ex-séparatistes à la table des négociations, et permis la déclaration de Fomboni du 17 février 2001.

Afrik : Pourtant des voix s’élèvent contre le projet. Le Prince Said Ali Kemal, leader du parti d’opposition Chuma, pense qu’il a pour but de  » balkaniser  » l’archipel et affirme que le texte a été  » rédigé par des étrangers « .

Mohamed El-Amine Souef : Le Prince se trompe. Son parti a assisté, comme d’autres partis d’opposition, aux travaux de la Commission tripartite. Dans le but d’asseoir des institutions démocratiques, nous laissons tout le monde s’exprimer. De plus, nous sommes fiers que le texte ait été élaboré par des experts nationaux. Aidés, bien sûr par d’autres experts internationaux. Nous faisons partie de l’OUA (Organisation de l’Union Africaine) et de la Francophonie. A ce titre, nous avons demandé des expertises. C’est tout à fait normal.

Afrik : Ne pensez-vous pas que le texte puisse être rejeté ?

Mohamed El-Amine Souef : Non, car nous pensons qu’avec le nouveau millénaire, il faut changer la Constitution. Non seulement pour répondre aux aspirations de la population mais aussi pour tenir compte de la nouvelle donne internationale. C’est l’occasion à saisir pour ne pas être en marge de ce qui passe autour de nous.

Afrik : Le texte stipule que le président, élu pour 4 ans (la présidence sera tournante), sera assisté par deux vice-présidents qui contresigneront tous ses actes. N’avez-vous pas peur d’instituer un exécutif à trois pieds ?

Mohamed El-Amine Souef : Ce n’est pas un handicap, au contraire. C’est une façon de consolider notre unité territoriale. C’est une forme de responsabilité partagée.

Afrik : Les institutions se trouveront sur des îles différentes, cela ne risque pas de poser des problèmes de fonctionnement de l’Etat ?

Mohamed El-Amine Souef : Nous ne voulons pas créer de frustration entre les îles. Nous misons sur la décentralisation. Le fait d’éclater les institutions cimentera encore plus notre unité.

Afrik : Qu’en est-il de l’île de Mayotte, que vous avez incluse dans le projet d’Union des Comores ?

Mohamed El-Amine Souef : Sur le plan géographique mais aussi de la population, de la langue, de la religion et des coutumes, Mayotte fait partie intégrante de l’archipel des Comores. En 1975, nous avons accédé à l’indépendance en tant qu’entité composée de quatre îles (Anjouan, Grande Comore, Mohéli et Mayotte, ndlr). A cette époque, le président français Valéry Giscard d’Estaing avait déclaré que les autorités françaises ne devaient pas balkaniser l’archipel. Mais la loi française a été violée et nous réclamons toujours notre souveraineté territoriale sur Mayotte. Lors de la conférence sur le racisme de Durban, j’ai appelé à la décolonisation de Mayotte. Tôt ou tard, cette île reviendra dans le giron de l’archipel. Nous continuons à négocier avec la France, pour que cela se règle pacifiquement, en préservant notre coopération avec l’Etat français.

Afrik : Après le référendum, des élections sont-elles prévues ?

Mohamed El-Amine Souef : Si le texte est adopté, nous formerons un gouvernement intérimaire de large union nationale pour superviser les prochaines élections. Nous entendons mettre en place des institutions démocratiques dans des délais raisonnables mais cela dépend aussi des bailleurs de fonds car il y a des mécanismes lourds à mettre en place. Nous nous sommes engagés politiquement et il en va de la crédibilité du chef de l’Etat.

Afrik : Le colonel Azali sera-t-il candidat à ces élections ?

Mohamed El-Amine Souef : La question ne se pose pas pour le moment. Si nous voulons asseoir un système démocratique, tout le monde doit pouvoir se présenter.

Afrik : Les Comores assurent depuis septembre dernier la présidence de la Ligue des Etats Arabes. Comment avez-vous réagi aux attentats du 11 septembre et aux frappes américaines sur l’Afghanistan ?

Mohamed El-Amine Souef : Nous avons fait une déclaration condamnant fermement les attentats et l’amalgame entre Islam et terrorisme. Nous sommes pour la tenue d’une conférence internationale sous l’égide des Nations Unies pour mettre en place un mécanisme de lutte contre le fléau du terrorisme. Quant aux frappes, je pense que l’on pouvait trouver un moyen plus adapté. Il faut privilégier les moyens diplomatiques pour éviter de faire souffrir des populations innocentes. Les guerres ne permettent pas de résoudre les crises.