Le Sénégal qui a gagné

C’est une union sacrée entre huit partis d’opposition qui est venue à bout du Parti socialiste. Elle s’est appuyée sur un soutien écrasant des jeunes et des urbains.

AVEC plus de 58% des voix, et après 26 ans d’opposition, Abdoulaye Wade est porté à la tête du pays par une large coalition qui ne s’embarrasse guère de carcans idéologiques. De fait, la victoire de ce brillant juriste de 74 ans, au crâne chauve et au visage émacié, tient en un mot :  » sopi « ,  » changement  » en langue wolof.

D’inspiration libérale  » parce que l’étiquette  » socialiste  » était déjà prise « , a-t-il un jour plaisanté, le Parti démocratique sénégalais (PDS) a réussi à vaincre en réunissant sous la bannière  » Coalition Alternance 2000 « , des libéraux – certes -, mais aussi des anciens communistes, des leaders d’extrême gauche, des représentants de partis religieux et des dissidents socialistes.

Il a bénéficié aussi de la libéralisation de la presse, particulièrement, du pluralisme radiophonique entamé avec la loi du 25 août 1992.

Sénégal des villes

Mais ces élections marquent aussi la victoire de la jeunesse et des urbains qui ont joué à fond la carte Wade. La population sénégalaise qui a presque triplé depuis l’indépendance en 1960, compte 50% de moins de 20 ans. Les régions septentrionales du Sahel, se dépeuplent au profit des zones littorales et côtières.

Un quart de la population est concentrée dans l’agglomération dakaroise et la ville de Thiès. Profondément marqués par des difficultés sociales (le taux de chômage en zone urbaine atteint les 25%), aggravées par la dévaluation du franc CFA, les sénégalais des villes ont massivement appuyé le nouveau candidat, allant jusqu’à lui accorder 77% des suffrages dans la ville-champignon de Pikine, aux portes de la capitale.