Le Rwanda adhère au Commonwealth et renoue avec la France

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Le Rwanda est devenu le 54e pays membre du Commonwealth. Cette adhésion s’inscrit dans les efforts entrepris par le président Paul Kagamé pour tourner le dos au monde francophone, et arrimer son pays au monde anglo-saxon. Après plusieurs années de tension, Paris a annoncé un rétablissement des relations diplomatiques avec Kigali, après le voyage dimanche dernier au Rwanda, du secrétaire général de l’Elysée Claude Guéant.

Le Rwanda devient membre du Commonwealth. L’admission du pays des mille collines dans l’organisation a été décidée ce samedi, lors de la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth à Port-d’Espagne, la capitale de Trinité-et-Tobago. Le pays de Paul Kagamé, ancienne colonie allemande et belge, devient ainsi le 54e pays membre du Commonwealth of Nations, qui regroupe principalement les anciennes colonies de la Couronne Britannique. N’ayant pas de liens historiques avec la Grande Bretagne, le Rwanda sera, après le Mozambique, le deuxième pays membre, à n’avoir jamais été ni colonie, ni protectorat britannique.

C’est l’année dernière que le Rwanda a demandé à faire partie de l’organisation. Sa candidature bénéficie alors du soutien de plusieurs pays membres à l’instar de la Grande Bretagne, de l’Australie, du Canada, de l’Inde et de l’Ouganda. En juillet dernier, un rapport de l’Initiative des Droits de l’homme de Commonwealth (CHRI) reconnait que le Rwanda a fait des progrès en matière de lutte contre la corruption, même si la situation en la matière est loin d’être parfaite. Samedi, le secrétaire général du Commonwealth, Kamalesh Sharma, a téléphoné personnellement au président Kagamé, pour l’informer de la décision d’admission.

Commonwealth vs Francophonie

Pour Kigali, l’entrée dans le Commonwealth offre avant tout de belles opportunités de développement. « Mon gouvernement considère cette accession comme la reconnaissance des progrès énormes que nous avons faits ces quinze dernières années. Les Rwandais sont prêt à saisir les opportunités économiques, politiques, culturelles et autres offertes par le réseau de Commonwealth », a commenté Louise Mushikiwabo, la ministre rwandaise de l’Information.

Mais pour de nombreux observateurs, le Rwanda, qui depuis les années 70 était membre de la Francophonie, continue, ce faisant, de s’éloigner de la zone d’influence française. Ces observateurs rappellent ainsi que depuis l’arrivée de Paul Kagamé au pouvoir à Kigali, les relations entre son pays et la France n’ont pas cessé de se détériorer, et que dans le même temps, le président rwandais s’est progressivement rapproché du monde anglo-saxon.

Depuis près de dix ans en effet, la pratique de l’anglais connait une croissance rapide au Rwanda, de sortes que la langue de Shakespeare est devenue la troisième langue du pays, après le français et le kinyarwanda, une langue locale. L’année dernière, le gouvernement de Paul Kagamé a décrété le remplacement du français par l’anglais comme langue d’enseignement public.

Parallèlement, la France et le Rwanda se sont mutuellement accusés d’avoir des responsabilités dans le génocide de 1994, qui avait coûté la vie à plus de 800 000 personnes, principalement de l’ethnie Tutsi. Ces tensions ont connu leur point d’orgue fin novembre 2006 lorsque Kigali a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec Paris. La France a émis des mandats d’arrêts visant des proches de Paul Kagamé, soupçonnés d’avoir participé au génocide. Le Rwanda à son tour accuse la France d’avoir pris une part active à ce crime de masse.

Réconciliation tardive ?

Le choix de Paul Kagamé de se détourner de Paris a poussé la diplomatie française à revoir ses relations avec Kigali. Depuis deux ans, Bernard Kouchner, le ministre français des affaires étrangères travaille à la normalisation des relations entre les deux capitales. Dimanche, Claude Géant, secrétaire général de l’Elysée s’est rendu à Kigali, où il s’est entretenu avec Paul Kagamé. Selon le quotidien Le Monde, ce déplacement qui s’est effectué un jour seulement après l’entrée du Rwanda dans le Commonwealth aurait abouti au rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays. « Aucune concession n’a été faite », a indiqué Bernard Kouchner à l’AFP.

Toutefois, Le Monde mentionne, en citant une source anonyme, que le président rwandais a mis en avant « le changement d’attitude de la France ». Et de rappeler qu’à la mi-novembre, deux juges française, Fabienne Pous et Michèle Ganascia ont passé une semaine au Rwanda, pour « travailler sur les cas des Rwandais réfugiés en France suspectés d’implication dans le génocide ».

Alors que des plaintes avaient été déposées contre certains d’entre eux, le gouvernement français avait souvent été suspecté de les protéger. Il y a quelques semaines également, le Conseil d’Etat, la plus haute juridiction administrative française, a rejeté en dernier ressort, la demande du statut de réfugiée politique déposée par Agathe Habyarimana, la veuve de l’ancien président rwandais.

L’on peut supposer que Kigali ferait des efforts similaires, et laisserait tomber les procédures judiciaires qu’elle a engagées contre certaines personnalités politiques françaises. Mais cela suffira-t-il à ramener le Rwanda dans le giron français ?