Le roman de la dot

Dans La Dot, la Nigériane Buchi Emecheta décrit les traditions qui transforment la femme en valeur marchande. Mais l’histoire de la jeune Aku-nna est aussi l’occasion d’évoquer une magnifique histoire d’amour et une société africaine en pleine mutation.

C’est une plume féminine plein de sensibilité et de vigueur, malheureusement trop peu connue des lecteurs francophones. Buchi Emecheta, née en 1944 à Lagos, Nigeria, a écrit une dizaine de romans et de livres pour enfants. Dans ses ouvrages, comme un fil rouge et rageur, elle dénonce la condition de la femme africaine dont la destinée est confiée aux hommes de sa famille. C’est le cas dans le très beau roman, La Dot, paru initialement en 1976 et qui vient d’être édité en poche en France.

Le livre, écrit dans une langue limpide, raconte l’histoire d’Aku-nna, jeune fille de 15 ans gaie et aimante qui vit à Lagos avec ses parents et son petit frère. Studieuse, elle s’occupe aussi de la maison et fréquente l’église. Du jour au lendemain, son univers bascule. Son père adoré meurt d’une mauvaise blessure. La famille est recueillie par l’oncle paternel qui, selon la coutume, « hérite » de l’épouse. « Il en est ainsi au Nigeria, même encore aujourd’hui : quand on a perdu son père, on a perdu ses parents. Votre mère n’est qu’une femme, et les femmes sont censées n’avoir pas de caractère. Une famille sans père est une famille sans tête, une famille sans abri, une famille sans parent, en fait, une famille qui n’existe pas », écrit Buchi Emecheta.

Amour impossible

L’oncle habite le village, Ibuza, sur la rive-ouest du Niger et a déjà trois femmes. Mais qu’importe, Aku-nna, sa mère et son frère sont obligés de quitter Lagos et de se faire une place au sein d’une famille qui respecte les coutumes traditionnelles. Ainsi, son oncle voit d’un très mauvais œil la scolarité d’Aku-nna. Son obsession : la marier au plus offrant pour pouvoir récupérer la dot. Sa valeur n’est plus calculée qu’en futures espèces sonnantes et trébuchantes et autres cadeaux… Buchi Emeta décrit avec sensibilité et pudeur les états d’âme d’une jeune fille en plein émoi. En révolte contre ce qu’elle considère comme une privation de sa liberté puisqu’elle n’a pas son mot dire en ce qui concerne sa propre vie, Aku-nna tombe amoureuse de son professeur d’école, le jeune et beau Chike, qui partage les mêmes sentiments à son égard. Chike est descendant d’esclaves et bien que son père soit riche, il est tout juste toléré par la communauté.

« Prise au piège du tissu compliqué des traditions d’Ibuza », avec une mère qui ne la défend pas et un frère encore trop petit, Aku-nna va vivre sa passion pour Chike jusqu’au bout et au prix de bien des sacrifices. C’est une magnifique histoire d’amour prise dans la tourmente de des coutumes et des mythes que décrit Buchi Emeta. C’est aussi la possibilité pour elle d’évoquer une société africaine en mutation, qui se cherche entre respect de la tradition et emprunt à la culture occidentale. Le roman, très attachant, se lit d’une traite. Buchi Emeta est considérée comme l’une des premières auteurs africaines. Elle a quitté le Nigeria à 22 ans pour s’installer à Londres où elle a mené sa carrière d’écrivain tout en bouclant un doctorat et en élevant seule ses cinq enfants.

Commander le livre : La Dot de Buchi Emecheta, éditions 10/18