Le Ramadan n’affamera pas les bourses

Pour le Ramadan 2003, les autorités marocaines ont tout prévu. Le panier de la ménagère devrait être plein et ce, pour un prix raisonnable. Le gouvernement a mis en place une parade contre les risques de spéculation et de pénurie.

La ménagère marocaine peut se rassurer. Pendant le Ramadan, tomates, dattes et pois chiches seront abondants sur les étals des commerces de proximité et au prix habituel. Les spéculateurs, qui achètent à vil prix afin de revendre la marchandise à prix d’or en période de pénurie, vont avoir du fil à retordre. Les autorités du Maroc ont constitué des stocks et surveilleront les prix pratiqués.

Peu avant le mois sacré au Maroc (du 25 octobre au 25 novembre), les comportements alimentaires changent. « La mère de famille ne veut pas priver ses proches à l’heure du f’tour (dîner, ndlr), raconte Nawal de Casablanca. Elle a tendance à faire des réserves avant le jeûne pour préparer des plats qui se conservent, comme des pâtisseries, des flans, des feuilles de brique. » Bref, les denrées telles que le sucre, le lait, les tomates (élément essentiel à l’harira, soupe traditionnelle), les viandes et les légumineuses sont particulièrement prisées par les consommateurs.

« Nous souhaitons éviter tout abus, spéculation ou monopole de la part des industriels, des distributeurs ou des commerçants, indique une source du ministère du Commerce. Suite à la libéralisation des prix survenue dans les années 80, seuls ceux d’une trentaine de produits de première nécessité restent à ce jour réglementés. » Parmi eux, le sucre, l’eau, la farine nationale de blé tendre, le pain, etc. Pour le reste, c’est la libre concurrence qui décide.

Les moyens mis en oeuvre

C’est pourquoi l’affichage en règle des prix sur les achalandages sera particulièrement contrôlé par la police. D’autant plus que, pendant le jeûne, la nourriture occupe tous les esprits. Certaines personnes l’ont compris et veulent profiter de cette aubaine. Elles improvisent des commerces de fruits et légumes afin de vendre la nuit venue leurs produits au prix fort. Mais la spéculation ne peut pas avoir d’incidence sur les denrées périssables du fait de la courte durée de stockage.

Les autorités ont aussi fait des prévisions sur l’approvisionnement du pays pour lutter contre les carences en produits alimentaires. Les stocks de sucre, de viandes rouges et de fèves à l’issue du mois sacré devraient être largement excédentaires, selon une étude du département du commerce et de l’industrie. Seuls objet d’inquiétude : le lait et le beurre. Les commerçants importeront la quantité de 5 millions de litres de lait, probablement d’Espagne. A l’instar des deux années précédentes, le lait longue conservation sera moins taxé qu’à l’accoutumée, et les droits de douane chuteront de 109 à 20%. Quant au beurre, dont la consommation augmente de 50% durant le jeûne : soit il sera importé, soit les acheteurs se tourneront vers un produit de substitution comme la margarine. La récolte de tomates devrait coïncider avec le mois de Ramadan, ce qui mettra le Maroc à l’abri de toute pénurie.