Le procès des déchets toxiques s’ouvre en Côte d’Ivoire

Le procès du Probo Koala, le navire qui a transporté les 500 tonnes de déchets toxiques déversées en 2006 dans des décharges publiques à Abidjan, démarre ce lundi dans la capitale ivoirienne. Trafigura, le groupe qui affrété le cargo incriminé, bénéficie d’un abandon de poursuites pour avoir versé 152 millions d’euros aux autorités ivoiriennes. Au total, l’affaire des déchets toxiques avait tué 17 personnes et intoxiqué des milliers d’autres.

Dix-sept personnes sont mortes et des milliers d’autres ont été intoxiquées dans l’affaire des déchets toxiques, dont le procès s’ouvre ce lundi à Abidjan. Dans le box des accusés, douze hommes. Ils sont accusés d’empoisonnement, de complicité d’empoisonnement, d’infraction à la loi protégeant la santé publique ou d’infraction au code de l’environnement. Face à eux, une cour d’assise qui n’a pas siégé depuis six ans à cause de la crise ivoirienne. Le jugement devrait durer une dizaine de jours et les accusés seront jugés par un jury de neuf personnes, dont trois magistrats et six jurés populaires tirés au sort.

Au centre du procès, Salomon Ugborugbo, un Nigérian de 39 ans et ancien directeur général de Tommy, la société qui avait a organisé le pompage de 530 m3 de résidus d’exploitation[[Un mélange de produits pétroliers, de soufre, de soude caustique et de mercaptan]] du Probo Koala, navire pétrolier immatriculé au Panama, appartenant à une compagnie grecque. Dans la nuit du 19 au 20 août 2006, les camions-citernes loués par ce patron, avaient répandu ces déchets toxiques à l’air libre dans la décharge publique d’Akouédo et sur quelque quinze autres sites d’Abidjan. M. Ugborugbo risque la prison à vie.

Trafigura absent du banc des accusés

Parmi les autres inculpés figure le commandant du port d’Abidjan, accusé de n’avoir pas vérifié si Tommy avait, comme elle l’affirmait, le matériel nécessaire pour traiter les déchets. Il lui est aussi reproché de n’avoir pas utilisé ses pouvoirs pour empêcher le Probo Koala de quitter le port. Le directeur technique et un employé d’une autre société, Waibs, désignée comme consignataire par Trafigura, sont également poursuivis pour avoir choisi Tommy pour la récupération des déchets. Trois douaniers comparaissent, quant à eux, pour n’avoir pas arrêté le pompage des « slops » alors qu’ils dégageaient une odeur insupportable. Cinq autres personnes doivent également comparaître pour délit d’« infraction au code de l’environnement et à la loi portant protection de la santé publique ».

Trafigura, qui avait affrété le Probo Koala est le grand absent de ce procès. Le groupe britannique a conclu un accord pour solde de tout compte avec les autorités ivoiriennes. Celles-ci ont reçu 100 milliards de francs CFA, soit 152 millions d’euros, en échange de l’abandon des poursuites.

Des victimes pas toutes indemnisées, la dépollution toujours incomplète

Les victimes de cette affaire ont été en partie indemnisées. Les familles des 17 morts ont reçu un total d’un milliard de francs CFA, c’est-à-dire un peu plus de 1,5 million d’euros. Ce montant représente le centième de ce que la multinationale Trafigura a versé en échange de l’abandon des poursuites. Ont été aussi indemnisées, les entreprises considérées comme victimes économiques pour avoir subi un préjudice en raison de cette catastrophe. Les autres victimes, dites « sanitaires », quant à elles, n’ont pas été toutes dédommagées. Elles sont pourtant nombreuses. Officiellement, elles seraient plus de 90 000. Pour elles, une pléiade d’associations s’est créée pour obtenir justice.

Deux ans après les faits, la dépollution des sites reste toujours incomplète. « Souillée par les déchets toxiques du Probo Koala, écrit RFI, la terre du ravin proche du village de Djibi, banlieue d’Abidjan est, depuis l’affaire, stockée dans des sacs exposés à tous vents, entourés de barbelés faciles à franchir. »

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