Le Président tchadien cerné par les rebelles

Le Président tchadien Idriss Déby Itno est réfugié dans son Palais de N’Djamena, cerné par les rebelles qui tiennent la majeure partie de la capitale. Une médiation serait en cours, mais une issue violente n’est pas à exclure.

Est-ce l’épilogue attendu des affrontements qui se déroulent au Tchad entre l’Armée nationale tchadienne et la colonne des rebelles unis, qui a traversé le Tchad en quelques jours, dans une avancée triomphale depuis le Soudan où elle s’était formée?

Toujours est-il qu’une intense activité diplomatique se déploie autour de N’Djamena. Ainsi le Ministre des Affaires étrangères français Bernard Kouchner a assuré dans la soirée du samedi 2 février 2008 que le Président Sarkozy s’était déjà entretenu « à 3 reprises dans la journée » avec Idriss Déby Itno. Selon le Porte-Parole de l’Elysée, David Martinon, les deux hommes ont abordé « la question des soins médicaux apportés par le dispositif sanitaire français aux victimles des combats »… Mais il est vraisemblable qu’ils n’en sont pas restés au volet humanitaire de la situation.

L’Union Africaine s’émeut

De son côté, à peine élu Président de l’Union africaine, le très expérimenté gabonais Jean Ping fait face à sa première crise majeure : les Chefs d’Etat africains clôturant samedi 2 février le Sommet de l’U.A. organisé à Addis-Abeba ont « fermement condamné » la tentative de renversement « par la force » du Président Déby. Dans la foulée, l’Union Africaine a mandaté les présidents congolais Denis Sassou Nguesso et libyen, Mouammar Kadhafi, afin qu’ils trouvent une « solution négociée à la crise actuelle ». L’Union Africaine envisage même d’exclure le Tchad de ses rangs, en cas de prise du pouvoir brutale par les rebelles.

De la même manière, la France a appelé à une « trève », suivie de « négociations », conduisant à un « arrangement ».

La « neutralité » de la France

A la différence des précédentes offensives lancées par les rebelles contre le pouvoir d’Idriss Déby, qui avait été repoussées grâce à l’appui des forces françaises présentes à N’Djamena, la progression de cette attaque éclair lancée il y a quelques jours n’a pas été bloquée à quelques centaines de kilomètres de la capitale par un engagement direct des forces françaises.

Cette fois, malgré les paroles qui explicitement soutiennent le maintien de la légalité et donc celui du Président Idriss Déby, les soldats français sont restés neutres, simples spectateurs d’affrontements à l’écart desquels ils protègent seulement les resortissants français présents sur le théâtre des opérations, s’assurant de la possibilité de mettre en oeuvre leur rapatriement partiel vers Paris (via Libreville) dans la soirée du samedi 2 février.

Evacuations sans panique

Le même jour, l’ONU a évacué vers le Cameroun 53 employés de l’Organisation présents à N’Djamena et l’Ambassade américaine a décidé le départ des familles de ses personnels et de certains de ses employés. Ces mesures semblent prises pour éviter les effets colatéraux d’une éventuel basculement du pouvoir : c’est ainsi que peu après l’entrée des rebelles dans N’Djamena, des scènes de pillage localisées étaient déjà rapportées. Pourtant, contre l’évidence constatée par la plupart des commentateurs, l’agence officielle libyenne Jana rapportait à 21h30 samedi 2 février que dans un entretien avec le Colonel Kadhafi, Idriss Déby Itno venait d’assurer que ses troupes « contrôlent la situation« .

… Mais pour combien de temps?

La nuit du 2 au 3 février pourrait pourtant sceller le destin d’Idriss Déby, qui semble avoir été affaibli ou déprimé au cours des dernières semaines… Au point que certains observateurs redoutent chez lui un aveuglement jusqu’auboutiste qui le conduirait à refuser tout compromis, et en particulier tout exil loin de N’Djamena… Jouant le tout pour le tout, il pourrait alors essayer de se battre pour défendre le Palais présidentiel face aux soldats rebelles jusqu’à la dernière cartouche!

Les rebelles prennent pourtant bien soin de ne pas se présenter en rupture avec les autres pays du monde : dans un communiqué publié peu avant le début de l’offensive ultime sur N’Djamena, leur porte-parole affirmait notamment : « Nous assurons la communauté internationale de notre totale coopération quand à l’instauration d’une véritable démocratie« … Avant de préciser : « Les liens séculaires entre la France et le Tchad sont indissociables, la France sera toujours un partenaire de premier choix« .. (source : Continental News, Alwidha Info)

Mais la France peut-elle réellement se fier à ces propos, quand chacun voit bien que le déclenchement de ce coup d’Etat « unitaire » répond opportunément au désir de Khartoum de bloquer le déploiement des casques bleus de l’EUFOR entre Tchad et Soudan… Déploiement que la France a obtenu du Conseil de Sécurité de l’ONU… Mais dont la mise en place a été diffférée, ni l’Irlande ni l’Autriche ne tenant à envoyer leurs soldats dans une capitale en pleine guerre civile.

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