« Le Petit Nègre », l’impertinence africaine sur Internet

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Le Petit Nègre a fait son entrée sur le web en février dernier. Impertinent, subversif et parfois drôle, le site basé en Belgique mise sur l’information africaine décalée et se veut être, comme le précise son entête, « un site de réflexions totalement vaines et inutiles… quoique ».

lpn_cvanonyme.jpgQue ce soit l’article intitulé « Qui veut gagner des milliards ? » concernant le récent prêt de dix milliards de dollars de la Chine aux pays africains, ou le thème de l’intégration des « blédards » (entendez par là « Africains vivant en Occident »), le traitement est le même : un zeste d’impertinence, une pincée de réflexion engagée et une once d’ autodérision, le tout ajouté à une base d’information africaine. Tel est le mélange savoureux que propose Le Petit Nègre (LPN), nouveau venu sur le web africain francophone.

« Sur le net, il n’y avait pas d’information africaine décalée sur les progrès et les handicaps de l’Afrique. Nous avons voulu occuper le créneau », explique Ignace, rédacteur en chef du site. A la barre d’une rédaction de cinq à six amis, tous d’origine africaine et vivant en Europe, « Ignace » ne souhaite pas révéler son nom de famille. Il juge son anonymat plutôt utile. « Si les gens connaissaient mon nom, ils m’associeraient avec un pays, une ethnie particulière, et me prêteraient des idées que je n’ai pas. Notre anonymat nous protège de cela», explique-t-il.

Progressiste, africaniste, volontairement polémiste, le Petit nègre contient pas moins de treize rubriques comme « Société », « Points de vue », « Débats », « Politique », ou encore « Humour », « Internet » et « Livres ». La ligne de rédaction ? Commenter l’information concernant l’Afrique et sa diaspora en tâchant de développer l’angle polémiste de l’ info, ce qui n’est pas repris par les médias traditionnels. « Nous souhaitons animer le débat. Il s’agit de faire des commentaires de l’actualité pour amener le lecteur à s’interroger sur ce qu’il y a derrière le message, la part de vérité qui existe », témoigne Ignace, avant de donner un exemple. « Au lieu d’écrire un article sur les réactions internationales au massacre du 28 septembre en Guinée, nous parlons de l’avis de la population qu’aucun média ne relate. Est-ce pour autant qu’elle n’en a pas ? » interroge-t-il.

« Le Web africain francophone n’est pas encore assez développé»

Tantôt graves, tantôt drôles, les sujets de LPN s’adressent à tout un chacun, à tous les lecteurs intéressés par l’actualité africaine. « Nous choisissons nos sujets en fonction de l’actualité. Étant francophones, nous nous intéressons en priorité aux pays francophones d’Afrique de l’ Ouest et du centre, mais nous restons ouverts », précise Ignace. Or, bien que le site cible d’emblée les Africains, la centaine de lecteurs quotidiens de LPN se trouve davantage en Europe et en Amérique du Nord que sur le continent visé. En cause, la faiblesse du réseau web en Afrique. « L’un des thèmes majeurs de notre site est justement consacré au développement du Web africain contenu dans notre rubrique « Internet ». Le web africain francophone n’est pas assez développé. Seules les capitales ont leur connexion. C’est une goutte d’eau dans l’océan », estime Ignace.

Pour ce rédacteur en chef, qui travaille par ailleurs dans l’informatique, Internet est vraiment un média d’avenir, qui possède aussi un potentiel économique important pour le continent. « Le Blog, c’est un moyen, un stylo, si vous écrivez de belles choses, vous êtes lu, sinon, dommage pour vous. Mais vous pouvez en tirer des bénéfices économiques si ça marche», poursuit Ignace. Pourtant, à la question de savoir si son équipe est motivée par l’appât du gain, il répond que le site ne perçoit pas d’argent. « Nous ne sommes pas un grand site encore. Notre objectif est d’être lu par cinq cents personnes par jour » précise-t-il. En attendant d’atteindre son but, l’équipe de LPN fait déjà parler d’elle. En juillet dernier, l’émission « L’atelier des médias » sur RFI mentionnait le blog qui déplorait le lent développement du Net en Afrique. Selon son rédacteur en chef, la bouche-a-oreille, et un référencement optimal, dû à des collaborateurs travaillant dans la finance, les médias et l’informatique, seraient à l’origine du décollage du site. Nouveau venu parmi les sites poil à gratter du continent, Le Petit Nègre marche dans les pas d’un maître du genre, le très acide Gri-Gri International.

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