Le Pen drague les Français issus de l’immigration

Jean-Marie Le Pen, leader de l’extrême droite française, tente de se rapprocher de l’électorat issu de l’immigration pour marquer des points lors de la présidentielle d’avril prochain. Le chef du Front national, qui tente de changer son image raciste et xénophobe, campe sur ses positions en matière de « préférence nationale » et d’immigration.

Français d’origine étrangère, ne me craignez pas. C’est le message que cherche à faire passer auprès de cet électorat Jean-Marie Le Pen, leader du Front national (FN, extrême droite). Récemment, il a multiplié les appels du pied envers cette communauté. Pour exemple, la création d’une affiche où pose une charmante jeune femme, qui pourrait passer pour une beurette ou une métisse, et la promesse aux fils et filles d’immigrés de jouir de sa fameuse « préférence nationale », qu’il souhaite d’ailleurs inscrire dans le préambule de la constitution. Mais à charge pour eux, s’ils veulent en bénéficier, de se « fondre dans le creuset national et républicain avec les mêmes droits, mais aussi les mêmes devoirs », explique le politicien de 78 ans, qui a tenu sa deuxième convention présidentielle ce week-end à Lille (Nord).

Réforme de l’octroi de la nationalité française

Se présentant comme le défenseur de leurs intérêts, le candidat de l’extrême droite, qui peinerait à récolter les 500 signatures nécessaires pour briguer la présidence, souligne que la situation actuelle de la France n’est pas le fait des immigrés. « Nous ne devons pas en vouloir aux immigrés de cette politique, les seuls et exclusifs responsables sont les politiciens français, UMP, UDF, PC, PS représentés aujourd’hui par les candidats Royal, Sarkozy, Bayrou déguisés en premiers communiants. (…) Ce sont eux et les partis qui ont gouverné la France, tantôt en alternance, tantôt en cohabitation. Tous responsables, tous coupables. »

Gare, toutefois. La politique de Jean-Marie Le Pen, si elle semble s’être adoucie envers les Français qui ne sont pas « de souche », recèle des propositions qui durcissent l’acquisition de la nationalité française. S’il est élu, il reléguera aux oubliettes la binationalité et « l’acquisition automatique de la nationalité » française. Pour la posséder, il faudra suivre à la lettre les « critères reposant sur la bonne conduite et le degré d’intégration ».

A ce stade, tout ne sera pas joué : en plus de faire preuve de mérite, il faudra faire preuve de constance pour ne pas être déchu de sa nationalité. Une issue possible pour les personnes naturalisées depuis moins de dix ans, mais aussi pour celles qui ont commis un crime ou un délit condamné de plus de six mois de prison ferme. Une autre forme de double peine.

Un million d’étrangers dehors dans cinq ans

La politique de Jean-Marie Le Pen envers les étrangers reste répressive. Accusant l’immigration d’être le terreau fertile des maux de l’Hexagone, le chef charismatique du FN entend la stopper et même « inverser les flux migratoires ». Pour y parvenir, il compte notamment supprimer le regroupement familial, supprimer les aides et allocations sociales pour les étrangers, mettre en place une « politique de retour » et favoriser le co-développement. Selon Jean-Marie Le Pen, interviewé par le quotidien français Les Echos, l’application de ces mesures permettra « de réaliser plus de 20 milliards d’euros d’économies. Au bout de cinq ans, la France compterait entre 1 et 1,5 million d’étrangers en moins sur son territoire ».

Pour ce qui est des détenteurs d’une carte de séjour, les étrangers verraient la valeur de leur titre passer de dix ans à seulement trois. En matière de justice, les délinquants multi-récidivistes non français seront expulsés. « Concernant l’assurance-maladie, il paraît (…) normal que la prestation reste la même pour les étrangers mais les entreprises verront alors leur cotisation augmenter », a expliqué Jean-Marie Le Pen au journal Les Echos. En revanche, « des surcotisations [seront] demandées aux salariés étrangers et à leurs employeurs » pour ce qui est de l’allocation chômage.

Ce programme anti-immigration strict séduirait de plus en plus de Français issus de l’immigration. Selon Farid Smahi, membre du bureau politique du FN interrogé par le quotidien français La Tribune, « il y a aujourd’hui au FN plusieurs milliers d’adhérents, sur environ 70 000, qui sont issus de l’immigration, contre mille il y a cinq ans ».