Le « Paris de la diversité » : un petit espoir pour les jeunes victimes de discriminations

Le troisième Forum de la diversité et du premier emploi s’est tenu jeudi à la Cité des Sciences à Paris. 12 000 emplois étaient proposés par les 200 entreprises présentes. L’évènement rappelle aussi que la discrimination à l’embauche en fonction de l’origine reste une pratique très courante en France selon la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE) qui pointe à nouveau son doigt vers les grandes entreprises.

« Il m’est toujours difficile d’obtenir un entretien et quand j’en obtiens, je n’ai aucun retour. Le pire, c’est que ça se passe toujours bien. Les employeurs me disent toujours que mon profil correspond. Pourtant, ils ne me rappellent jamais. Au mieux, ils me disent qu’ils font face à une très forte demande. Alors je me suis toujours demandé si ma couleur de peau ou mon accent dérangeait », confie Mohamed, 29 ans, d’origine africaine. « Au moins, dans le Forum, je peux aller à la rencontre directe des employeurs », ajoute t-il. Tel est le but recherché par l’association Carrefours pour l’Emploi qui a organisé jeudi, avec la Mairie de Paris et pour la troisième année consécutive, le « Paris de la diversité et du premier emploi ». Ce forum, ouvert à tous et particulièrement aux jeunes des « minorités visibles », veut être une référence en la matière à l’heure où les associations de lutte contre le racisme critiquent le manque de diversité au sein des entreprises françaises.

La polémique enfle autour du « testing » de la Halde… pour rien

La discrimination à l’embauche ? Les entreprises présentes au Forum disent ne pas la connaître. Dell, fabricant mondial d’ordinateurs et présent au salon pour la première fois cette année, explique que « 23 nationalités travaillent pour la firme en France » et que « l’axe de la diversité a toujours existé pour eux». Même son de cloche pour ses voisines de tables. Pourtant, le troisième rapport annuel de la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE) fait savoir que « l’emploi représente toujours le premier domaine de discrimination ». Publié en mai dernier, il stipule que l’origine reste le critère le plus évoqué (27%). Louis Schweitzer, président de la Halde, voulait frapper fort en faisant un « testing » qui allait épingler nommément les grandes entreprises françaises qui discriminent. Les conclusions rendues mardi ont pointé du doigt trois entreprises dont Accor (hôtellerie et restauration) pour discrimination en fonction de l’origine. Des entreprises qui contestent aujourd’hui, avec force, les résultats. Il n’en demeure pas moins que la discrimination à l’embauche demeure une triste réalité en France.

Des jeunes pleins d’espoir mais souvent mal préparés aux entretiens

Selon la récente étude de la Halde, il apparaît que sur l’ensemble des entreprises testées, les candidats susceptibles d’être discriminés en raison de leur origine ont 22,77% de chance de moins d’être convoqués à un entretien. Cependant, la diversité semble avoir le vent en poupe et le succès du Salon grandit d’année en année. « Les temps changent et les entreprises font face à une demande croissante », indique Souhila Dib, de la Direction du développement économique et de l’emploi (DDEE) de la Mairie de Paris. Pourtant sur les 10 000 visiteurs et les 9 000 emplois proposés l’an dernier au Salon, seuls 740 ont été pourvus. « Le salon n’est pas une formule magique », explique Christophe Jouan, un des organisateurs de Carrefours Emploi, « c’est inutile de venir au Forum si les postulants ne se sont pas préparés. De nombreux jeunes viennent les mains dans les poches et espèrent être recrutés de cette façon ». Dell explique même que beaucoup ne savent que l’entreprise vend des ordinateurs. Même son de cloche pour Mme Dib. « Les visiteurs qui se présentent ne sont pas tous aptes à travailler. Beaucoup viennent en tongues, pas habillés, pas coiffés, sans CV… Pour un premier entretien, l’image compte beaucoup », explique t-elle.

Mais est-ce l’entière faute des jeunes ? « J’ai déposé une trentaine de CV l’an dernier mais je n’ai eu aucun retour », affirme avec force Mohamed. Même désillusions pour Samira, 23 ans, en quête d’un premier emploi dans le secteur bancaire. « Les entreprises invoquent toujours le manque d’expérience pour me jeter. Celle que j’ai ne suffit jamais », déclare t-elle. Mais Mohamed comme Samira perçoivent le Forum comme « une bonne initiative ». « Beaucoup de mes camarades sont passés par là et ont été recrutés. J’espère juste que ce sera mon tour ! », déclare Mohamed. Malheureusement, « le Forum ne dure qu’un jour », précise M. Jouan. Mais un tel événement est si rare que l’initiative mérite d’être soulignée. La bataille pour l’égalité des chances continue.

Pour plus d’informations :

 Paris de la diversité et du premier emploi

 Carrefours pour l’Emploi