Le paradoxe tunisien

La Tunisie, l’un des pays africains les mieux connectés à la Toile mondiale, développe ses infrastructures de haute technologie sur le mode volontariste de l’investissement d’Etat. Le système prouve en tous cas par son efficacité qu’il n’y a pas de recette unique.

Corsetée par un pouvoir rigide et vieillissant, la Tunisie n’en est pas moins l’un des pays d’Afrique qui, comme le Sénégal ou l’Afrique du Sud, montrent la voie au reste du Continent en matière de développement des technologies de l’information. Comment ? Comme le reste : en incluant l’Internet dans les plans quadriennaux qui encadrent l’activité économique. Un outil, l’Agence tunisienne d’Internet (ATI), sert de maître d’oeuvre depuis le Parc des technologies de la communication d’El-Ghazala, dans la banlieue de Tunis.

La Tunisie traite le Réseau immatériel comme s’il s’agissait du réseau routier, et les résultats sont flatteurs. L’Internet est accessible dans tout le pays pour le tarif d’une communication locale. El-Ghazala, qui abrite déjà une école d’ingénieurs et diverses start-ups à capitaux d’Etat, s’apprête à accueillir un millier d’ingénieurs qui travailleront dès 2002 au développement de logiciels.

Enfin et surtout, la communauté des internautes tunisiens, qui ne regroupait que 111 abonnés en 1996, a atteint 37.000 utilisateurs payants en juin 2000. Avec un objectif de 100.000 abonnés à fin 2001, ce seraient 300.000 Tunisiens qui, selon une estimation raisonnable, auraient alors accès au web.

L’usage collectif privilégié

Le gouvernement a multiplié les actions incitatives. En mai 1998, les frais de communication étaient réduits de 50 %, avant d’être à nouveau diminués de 30 % en 1999 pour l’usage familial. On pourrait également citer les Publinets (sortes de webcafés publics). Pour autant, l’Etat paraît moins promouvoir cet usage individuel et familial, potentiellement fauteur de contestation, que les usages d’intérêt collectif.

L’ATI concentre donc ses efforts sur la mise en relation des 22 établissements nationaux de recherche et des 14 groupes de recherche agronomique, mais aussi de 84 centres de santé, notamment tous les Centres hospitaliers universitaires, tous les hôpitaux régionaux et de circonscription et, enfin, les 23 Directions régionales de la Santé.

C’est l’un des paradoxes du modèle tunisien. En développant la consommation et les compétences, il vise à équiper le pays, favoriser l’emploi des jeunes diplômés et à soutenir la croissance, tout en prétendant contrôler l’incontrôlable, à savoir le surcroît de liberté individuelle apportée aux citoyens par l’Internet.