Le Nigéria hésite au bord du désordre

Les présidentielles nigérianes ont été marquées, samedi 21 avril 2007, par de multiples irrégularités et bon nombre de violences. Le processus électoral est en partie décrédibilisé.

Les Elections Présidentielles nigérianes avaient lieu, samedi 21 avril 2007, dans un climat de forte tension, marqué par la décrédibilisation d’un processus électoral qui paraît entièrement manipulé pour assurer le sacre du candidat du Parti au pouvoir, le PDP, Umaru Yar’Adua, Gouverneur de l’Etat de Katsina.

Un déchaînement de violences inattendu

Face à des opérations électorales dont le déroulement les laissait sceptiques, les opposants ont eu recours à plusieurs occasions à la violence : à Abuja, la capitale fédérale, samedi matin, jour même de l’élection, un camion-citerne rempli d’essence a terminé sa route dans un poteau téléphonique devant le bâtiment de la Commission électorale… Heureusement sans exploser.

Le candidat vice-président pour le PDP a également échappé de peu à une tentative d’assassinat, lorsque des activistes ont attaqué son bureau vendredi soir, à la veille du scrutin. Deux civils ont été tués dans l’affrontement.

Comme pour justifier certains actes désespérés de citoyens nigérians mécontents de la victoire annoncée d’Umaru Yar’Adua, en qui ils voient une marionnette à travers laquelle Olusegun Obasanjo continuerait de gouverner dans l’ombre le pays, de multiples obervateurs ont rapporté, tout au long de la journée électorale de samedi, pléthore d’irrégularités dans le déroulemnt du scrutin.

De multiples irrégularités

Certains Etats comme ceux d’Enugu et d’Anambra ont connu une très faible participation, par suite d’une organisation très défectueuse des opérations électorales.

Dans le Nord du Nigéria, à Daura, ville natale de Muhammadu Buhari, principal candidat d’opposition, des manifestations ont dégénéré, et trois adolescents qui y prenaient part ont été tués par l’Armée.

Dans l’Etat voisin de Kano, des groupes armés ont dérobé des urnes et du matériel électoral. Ailleurs, les responsables du scrutin ont été menacés ou enlevés, tandis que dans l’Etat de Bayelsa, au Sud, l’envoyée spéciale de Reuters a vu de ses yeux des urnes bourrées par des représentants de la Commission électorale!

Obasanjo a du mal à renoncer au pouvoir

Dans ces conditions, il est difficile d’ajouter foi aux déclarations angéliques du Président sortant, Olusegun Obasanjo : « Notre gouvernement n’a aucune raison de fausser le résultat des élections« … Car l’homme dont la gestion, pendant ses deux mandats, a été excellente et utile au redressement et au progrès du Nigéria, semble avoir du mal à se séparer du pouvoir, et paraît justement suspecté de vouloir favoriser, dans ce scrutin, celui qui apparaît comme son dauphin.

L’observateur européen Max Van den Berg, a tenu samedi vers 17h00 au correspondant de Reuters des propos sceptiques sur l’organisation du scrutin, reconnaissant que sa sincérité risquait d’être affectée par les multiples faits irréguliers dénoncés à travers le pays…

Ainsi, dans l’attente des résultats définitifs, il paraît peu probable qu’Umaru Yar’Adua échoue, mais il paraît peu probable également que son succès soit facilement admis par l’ensemble de ses concurrents. Le Nigéria pourrait alors entrer dans une période d’incertitude voire de violences…

Pour une analyse approfondie des positions des différents candidats :
Trois candidats pour des présidentielles à hauts-risques