Libye : pourquoi le Niger a extradé Saadi, le fils de Kadhafi

Le gouvernement libyen a annoncé la réception du fils de Mouammar Kadhafi, Saadi Kadhafi. Depuis 2011, il était réfugié au Niger qui refusait de l’extrader pour des « raisons humanitaires ». Ce pays l’a finalement livré à la Libye, ce jeudi. Et pourquoi donc ?

Le gouvernement libyen a annoncé la réception du fils de Mouammar Kadhafi, Saadi Kadhafi. Depuis 2011, il était réfugié au Niger qui refusait de l’extrader pour des « raisons humanitaires ». Ce pays l’a finalement livré à la Libye, ce jeudi.

« Saadi Kadhafi a été remis au gouvernement libyen le 6 mars, il est arrivé en Libye et est aux mains de la police judiciaire », annonce un texte officiel des autorités qui en profitent pour remercier le Niger, rapporte l’AFP. Ce fils de Mouammar Kadhafi, âgé de 39 ans, vivait dans ce pays depuis septembre 2011 en quasi-résidence surveillée dans une villa d’Etat de la capitale, Niamey.

Saadi Kadhafi sera traité « conformément aux normes internationales sur le traitement des prisonniers », précise la Libye. On peut mettre en doute la parole libyenne alors qu’un rapport de Human Right Watch, publié en février 2014, pointe les dysfonctionnements de la justice libyenne. Cette organisation de défense des droits humains a pu rencontrer certains proches de Kadhafi enfermés dans les geôles de Libye, un autre fils de Kadhafi, Saif Al Islam ainsi que l’ancien chef des services de renseignement militaires, Abdullah Sanussi.

« Il est difficile d’imaginer comment ces hommes pourraient bénéficier d’un procès équitable en Libye », a indiqué le directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord, Nadim Houry. qui indique que « la Libye a fait très peu d’efforts pour fournir ne serait-ce qu’une parcelle du droit à la régularité des procédures à ces prisonniers qui, comme des milliers d’autres personnes détenues depuis le soulèvement, sont maintenus en détention sans pouvoir être aidés d’un avocat ou comparaître devant un juge ».

Des « raisons humanitaires »

Saadi Kadhafi avait trouvé l’asile au Niger comme Abdallah Mansour, un ancien conseiller de son père. Pour justifier l’accueil du fils de Kadhafi, le Président nigérien Mahamadou Issoufou avait alors invoqué en 2012 des « raisons humanitaires ». Le ministre de la Justice de ce pays, Marou Amadou, avait déclaré à l’époque être certain que Saadi Kadhafi serait « condamné à mort » s’il était extradé en Libye.

Ce fils de l’ancien « Guide suprême » est accusé par Tripoli de « s’être emparé de biens par la force et l’intimidation quand il dirigeait la Fédération libyenne de football ». Son arrestation était demandé par Interpol. En outre, il faut souligner que la Libye fait pression sur le Niger depuis maintenant deux ans pour que ce pays livre notamment un des fils de Kadhafi, Saadi, qui s’y est réfugié peu avant la chute de son père en 2011. D’aucuns disent que le Niger a ainsi agi pur détendre ses relation avec Tripoli qui n’étaient plus au beau fixe.

A noter qu’une partie de la famille de Mouammar Kadhafi a aujourd’hui trouvé refuge en Oman et en Algérie, notamment sa veuve Safia Farkech et trois de ses enfants, Aïcha, Hannibal et Mohamed. Mouatassim Kadhafi est mort avec son père, capturé puis tué par des anciens rebelles à Syrte, au nord de la Libye, le 20 octobre 2011. Un raid de l’Otan en avril 2011 a tué Seif Al Arab avant que Khamis, encore des fils de Mouammar Kadhafi, ne meure dans les combats, en août de la même année.