Le monde vaudou inaccessible à la lutte contre le sida

Les rites vaudous sont depuis longtemps accessibles uniquement aux disciples et prêtres. Bien que certaines pratiques, telles que les scarifications, entraînent un risque d’infection au VIH, les personnes extérieures à la communauté vaudou ont les plus grandes difficultés à pénétrer un monde secret qui, pour des responsables sanitaires, peut pourtant être fatal à ses adeptes.

Plus de la moitié des 7,5 millions d’habitants du Bénin se définissent comme des pratiquants du vaudou, reconnu comme religion officielle en 1996.

« Il s’agit d’un milieu à risque car des pratiques à risques s’y déroulent », a dit Paul Boya, chef de service de la réglementation au Programme national de la pharmacopée et de la médecine traditionnelle du ministère béninois de la Santé. « Il y a… les scarifications, les excisions et les circoncisions. Or on sait que les mêmes instruments sont utilisés pour plusieurs personnes ».

M. Boya a précisé qu’un autre rite vaudou exposait les disciples à l’infection au VIH : lorsqu’un adepte est en contact avec du sang lors de cérémonies de transes, soit en le touchant ou en le buvant, alors que le risque de blessures au cours de ces cérémonies n’est pas exclu.

Le taux national de prévalence du VIH au Bénin est estimé à deux pour cent, mais il peut s’élever jusqu’à 25 pour cent au sein de groupes à haut risque pour lesquels le gouvernement dispose d’études, tels que les travailleurs du sexe, selon le Programme national de lutte contre le sida (PNLS).

Un monde fermé

Mais les responsables sanitaires se trouvent face à un mur lorsqu’ils veulent travailler avec des leaders vaudou, a dit M. Boya. Le vaudou est un milieu fermé, un monde qui vit en autarcie, a-t-il expliqué, ce qui rend difficile toute collaboration et toute action.

« Ce sont des initiés, ce qui se fait en leur sein ne sort pas », a-t-il poursuivi. « Même si nous réussissons à les sensibiliser, ils sont les seuls à savoir ce qu’ils font après ».

Pour Dah Alligbonon Akpochihala, chef traditionnel et président de l’organisation non gouvernementale (ONG) locale Récades, cette analyse est erronée. « C’est vrai que n’importe qui ne peut pas accéder aux couvents. Les ONG doivent passer par nous, les chefs traditionnels. Malheureusement, les gens ne viennent pas à nous, et ne le font que lors [de formations ponctuelles] ».

M. Akpochihala a estimé que ces initiatives n’étaient pas adaptées à la sensibilisation au VIH à l’intérieur des couvents. Selon lui, ces activités devraient être mieux financées, et organisées à travers le PNLS.

Entre 2002 et 2006, la Banque mondiale a financé la distribution de préservatifs et des formations d’éducation sur le VIH pour les prêtres vaudous, hommes et femmes. Quelque 8 000 préservatifs ont été distribués, selon les rapports d’activités du projet.

Le PNLS a peu de contacts avec les responsables vaudous, a reconnu Marie-Constance Mélomè, responsable de l’unité information, éducation et communication du Programme. La situation est délicate et les autorités font face à de nombreuses contraintes lorsqu’elles tentent de pénétrer cette société secrète, a-t-elle expliqué.

Mme Mélomè a précisé que 20 prêtres avaient participé à un programme de formation organisé en novembre 2008 pour discuter de la prévention du VIH, un chiffre bien inférieur à celui que les organisateurs avaient espéré.