Le Maroc accusé de bafouer les droits des migrants

Plus de 200 personnes ont été raflées et expulsées du territoire marocain, samedi et lundi, au motif qu’elles étaient en situation irrégulière. Le Collectif des réfugiés au Maroc affirme que les victimes de cette mesure n’étaient pas des clandestins mais des réfugiés et des demandeurs d’asile. Le réseau Migreurop dénonce une multiplication des rafles et des expulsions au nom de la protection des frontières de l’Europe.

Samedi 23, à Rabat, et lundi 25 décembre, à Nador (est du Maroc), entre 200 et 400 personnes ont été raflées par la police marocaine pour être conduites, en bus, à la frontière algérienne, selon le réseau Migreurop et le Collectif des réfugiés au Maroc. Les deux organisations accusent les autorités chérifiennes d’avoir transgressé les droits fondamentaux des individus arrêtés : des hommes, des femmes et des enfants qui, pour la plupart, n’étaient pas des immigrés clandestins mais des réfugiés et des demandeurs d’asile. « Ils (les policiers) sont entrés dans la maison des réfugiés et des demandeurs d’asile et les ont arrêtés, malgré la présentation des statuts et attestations des demandes d’asile délivrés par le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR/ Rabat) », nous a expliqué Paulin Kuamzambi, vice président du Collectif des réfugiés au Maroc.

Un grand nombre des expulsés, après avoir été conduits à la frontière algérienne, sont revenus au Maroc par leurs propres moyens et se sont réfugiés sur le campus universitaire d’Oujda où des organisations caritatives, telles que CEI-Maroc et Médecins sans frontière, leur viennent en aide. Paulin Kuamzambi a confié à Afrik.com que, sur le chemin du retour, quatre femmes ont été violées.

A propos des raflés de Rabat, un responsable de la préfecture a expliqué à l’AFP que « ces personnes ont été refoulées dans le respect de leur dignité. Ils doivent quitter le Maroc à partir de la frontière marocaine d’Oujda ». Les autorités marocaines justifient les interpellations de ces individus, qu’elles estiment être « en situation irrégulière », par les engagements qu’elles ont prises à l’occasion des conférences euro-africaines sur la migration et le développement de Rabat, en juillet 2006, et de Tripoli, en novembre 2006. Des engagements qui les conduisent à empêcher les migrants d’accéder clandestinement au territoire européen. En août 2006, l’UE leur a promis 76 millions d’euros pour les aider à renforcer la sécurité aux frontières et lutter contre le trafic d’êtres humains. Le gouvernement marocain affirme que, cette année, 360 réseaux de trafic de migrants ont déjà été démantelés sur son sol. Et hier encore, les services de sécurité ont arrêté quarante immigrés clandestins subsahariens alors qu’ils tentaient de forcer la clôture du préside espagnol de Melilla, dans le nord du pays.

Les recommandations de l’Union européenne pointées du doigt

Le réseau Migreurop, basé en France, dénonce les justifications des autorités marocaines dans un communiqué publié le 26 décembre et intitulé : « Au nom des engagements pris envers l’UE, des migrants et des réfugiés sont raflés au Maroc ». Dans ce texte, l’organisation affirme qu’un an après les drames de Ceuta et Melilla, « rafles et expulsions à grande échelle au nom de la protection des frontières de l’Europe sont à nouveau à l’ordre du jour dans un pays où, au quotidien, les droits des migrants et des personnes en besoin de protection internationale sont bafoués. »

Migreurop prend l’UE à partie et la considère comme première responsable du problème : « En réalité, dans le cadre de la coopération qu’elle a impulsée depuis 2004 pour assurer la « dimension extérieure » de sa politique d’asile et d’immigration, l’Union européenne se sert des ses voisins du sud, qu’ils soient pays d’origine ou de transit des migrants, pour leur déléguer la protection de ses propres frontières, quelles qu’en soient les conséquences pour ceux qui ne peuvent plus les franchir ». Selon l’organisation, les raflés de Rabat et Nador sont « les victimes de cette logique irresponsable ».

Le réseau Migreurop et le Collectif des réfugiés au Maroc demandent aux pays de l’Union européenne de redéfinir leur politique de migration et à la communauté internationale d’exiger du Maroc le respect des Droits de l’homme. Ils appellent le royaume chérifien à arrêter des arrestation qu’ils jugent arbitraires. « On est vraiment traumatisés, nous a confié Paulin Kuamzambi. Hier, on a eu des échos qui disaient qu’on devait nous rafler. Il n’y a pas de statut juridique clair pour les réfugiés au Maroc, c’est un problème. (…) On a organisé des sit-in pour réclamer des droits. Mais nous sommes dans le collimateur de la justice marocaine. »