Le Maroc a développé son premier cœur artificiel

Le Pr Wajih Mâazouzi

Après quelque six années de recherches et de travaux, le Maroc est parvenu à mettre au point son premier cœur artificiel. L’exploit a été réalisé, il y a un mois, par le Professeur Wajih Mâazouzi et son équipe de chercheurs, soutenus par l’association Recherche et Développement. La pompe d’assistance ventriculaire devrait permettre aux malades d’être transplantés ou de tenir en attendant une greffe.

Il y a près de neuf ans, le Professeur Wajih Mâazouzi réalisait une première au Maroc en transplantant un cœur humain. Il y a un mois, avec son équipe de chercheurs, il est à nouveau entré dans l’histoire de son pays en mettant au point un cœur artificiel. Les tests in vitro viennent de se terminer et les résultats semblent pleinement satisfaisants. Une fois le cahier des charges internationales respecté, la centaine de Marocains qui ont besoin d’un nouveau cœur pourront être transplantées ou patienter en attendant une greffe cardiaque.

C’est Wajih Mâazouzi, cardiologue de renom au Maroc, qui a eu l’idée d’un cœur artificiel. Fort de sa transplantation réussie en 1995, il a proposé son plan à la fondation Recherche & Développement (R&D, faisant partie de l’Office chérifien des phosphates, OCP), qui lui a apporté son expertise et un total soutien financier et logistique. Pendant près de six ans, le Professeur et 14 chercheurs (dont trois femmes), principalement disséminés à Rabat (où est situé le centre hospitalier universitaire où travaille Wajih Mâazouzi), à Casablanca, Meknès et Tanger, ont cherché comment créer une pompe malgré la distance qui les séparait. « Nous avons inventé un concept de laboratoire intégré et virtuel. Les chercheurs prenaient une partie de leur temps, le dimanche par exemple, pour se consacrer ensemble au projet. Chacun travaillait de là où il était en se servant des machines qu’il avait à sa disposition. Du coup, le matériel qui servait aux malades servait aussi pour la recherche. Cela nous a permis de réduire les coûts », explique le Pr Wajih Mâazouzi.

Plusieurs tests avant la transplantation sur l’homme

Le résultat de cette aventure, dont le coût des dépenses externes s’élèverait à environ 1,5 million de dirhams (environ 135 000 euros), semble prometteur. Mais l’OCPAV 1, ou pompe d’assistance ventriculaire, doit encore passer un certain nombre de tests avant de pouvoir sauver ou aider des malades. « Nous venons de terminer les tests in vitro, qui ont prouvé que le prototype remplit bien les conditions de fonctionnement. Nous effectuons actuellement des tests in vivo. Une fois que le cahier des charges international, qui demande notamment un débit et une durée d’autonomie précis, nous pourrons penser à la transplantation pour remplacer définitivement un cœur fatigué ou palier l’attente d’une greffe », commente le Pr Wajih Mâazouzi.

Le Professeur ne se place absolument pas dans une optique commerciale. Une optique qui semble de toute façon peut réalisable pour le moment. « Nous ne pouvons pas mettre notre prototype sur le marché parce que cela suppose d’avoir une entreprise qui veuille le fabriquer, le commercialiser et assurer le service après vente. Peut-être que cela sera possible plus tard, par le biais de partenariats par exemple », prévoit Mohamed Smani, directeur de R&D.

Cette réalisation représente en tout cas une victoire médicale de taille pour le Maroc, qui, avec peu de moyens, a pu créer une pompe cardiaque qui, selon certains, n’a pas à rougir devant ses homologues des pays développés. « C’est un rêve qui est devenu réalité. Nous avons fait un véritable effort pour nous hisser vers le haut. Cela fait plaisir de voir qu’un pays émergent comme le nôtre ait pu mettre au point une telle avancée technologique », conclut le Pr Wajih Mâazouzi.

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