Le Lac Victoria est malade

Les eaux du Lac Victoria, dont les ressources sont partagées entre le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie, ont atteint leur niveau le plus bas. Moins de poisson, donc moins de pêcheurs, moins de trafic, et un danger à l’horizon : l’assèchement.

Le niveau de la plus vaste réserve d’eau douce d’Afrique, le Lac Victoria, est descendu à plus d’un demi-mètre, entraînant une décrue des eaux allant jusqu’à 200 mètres à certains endroits. Ces derniers développements font craindre un assèchement du lac un jour, ont martelé des environnementalistes interrogés par la PANA samedi. La baisse du niveau des eaux a également laissé une côte naguère resplendissante complètement dénudée avec des pierres et des bateaux abandonnés éparpillés un peu partout, preuve que les pêcheurs ont depuis longtemps abandonné toutes activités de pêche en ces lieux jadis poissonneux.

Le coordonnateur du projet de gestion environnementale du Lac Victoria, Stephen Njoka, a confirmé ces craintes, expliquant le problème par les changements climatiques défavorables qui ont entraîné une chute vertigineuse du cycle pluviométrique ainsi que des évaporations aux conséquences négatives pour le lac. Ce dernier, dont les ressources sont partagées à la fois par le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie, tire 80% de ses réserves d’eau des pluies, a indiqué M. Njoka, ajoutant que c’était regrettable qu’il n’y ait pas eu suffisamment de précipitations, même pour réapprovisionner les 75% de ressources évaporées.

Pénurie de poisson

Les pêcheurs, les expéditionnaires ainsi que les opérateurs de transport du lac pointent du doigt les vastes projets d’énergie hydroélectrique entrepris par le gouvernement au niveau de la ville de Jinja, située dans la région Est du pays pour expliquer cette baisse du niveau des eaux. Ils suggèrent en retour que les trois gouvernements discutent de la question de la baisse du niveau des eaux du Lac Victoria parce que, dans peu de temps, il faudra suspendre le transport fluvial, ce qui mettra un terme au trafic fluvial régional. Nissan Virani, directeur du complexe Kisumu Beach Resort Hotel et qui vit depuis plus de 20 ans aux abords du lac, indique qu’il n’a jamais vu un tel niveau de baisse des eaux. Virani explique que la jetée privée sur pilotis qu’il a construite au niveau du lac se trouve à présent à deux mètres au-dessus du niveau actuel du lac, à tel point que les anciens lieux de pêche font maintenant office de pâturage pour animaux domestiques. Il explique que toutes ses embarcations se retrouvent clouées à terre, ajoutant qu’il est difficile de charger et de décharger les marchandises au niveau de la jetée puisque aucun bateau ne peut atteindre la berge du fait de la baisse du niveau de l’eau…

Pendant ce temps, dans les zones de débarquement de poisson de Kisumu, déplore-t-il, les pêcheurs ont abandonné leurs activités pour les métiers de tissage et des travaux artisanaux pour gagner de l’argent. Jacob Otieno, pêcheur de son état, indique que l’eau s’était retirée des zones protégées qui servaient de lieux de reproduction. « Les bateaux sont en train d’être utilisés comme convoyeurs de charbon depuis l’Ouganda à cause de la pénurie de poisson dans le lac. » Le faible niveau de l’eau a également touché le trafic sur le lac avec les cargos forcés de revoir à la baisse leur tonnage de peur de voir ceux-ci s’enliser en cas de chargement lourd. Les cargos ont été sommés de réduire leur chargement initial de 300 à 200 tonnes pour éviter l’enlisement au niveau de l’embarcadère.