Le Kenya fête son cinquantenaire de l’indépendance, place au bilan

Le Kenya fête ses cinquante ans d’indépendance. Les drapeaux kényans flottent un peu partout dans le pays, à commencer par l’Uhuru Gardens (Jardins de la liberté) où le drapeau kényan remplace depuis cinquante ans le drapeau britannique. Des grimpeurs sont allés jusqu’à escalader le Mont Kenya et sa cime enneigée pour dresser là-aussi un drapeau.

Les combattants Mau Mau, symboles de l’insurrection dans l’accès à l’indépendance, sont à l’honneur. Mais cinquante ans après, l’heure est aussi au bilan. Le pays, meurtri par des violences ethniques, vit dans l’inégalité entre les populations. Ces violences ethniques valent aujourd’hui au Présent Kenyatta et à son vice-Président Ruto une inculpation devant la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité. Quant à la classe dirigeante, elle figure parmi les plus corrompues. « Il va y avoir une avalanche d’hagiographies », notait récemment un célèbre chroniqueur kényan, Patrick Gathara. « Le Kenya va mettre son plus bel habit du dimanche et s’asperger de parfum patriotique pour couvrir la puanteur de ces cinq dernières décennies ».

L’année 2010 représentait un tournant lorsque le Kenya adoptait, 20 ans après, le rétablissement du multipartisme. Une nouvelle Constitution, censée renforcer les bases de la démocratie, a vu le jour.

Inégalités et progrès

Les inégalités sont toujours aussi nombreuses. Des habitants de bidonvilles désespèrent à l’idée de voir arriver de l’eau potable. Pour eux, ce serait pourtant « une façon de marquer l’indépendance », en construisant également des hôpitaux et en créant des emplois. Toutefois, « il est indéniable que des progrès ont été accomplis, » relevait encore M. Gathara, appelant cependant à examiner les bons comme les mauvais côtés des décennies passées.

Côté progrès, le Kenya s’impose comme une puissance régionale. Un projet ferroviaire d’envergure reliant l’Ouganda vient d’être lancé. Le port de Monbasa est en cours de modernisation, alors que de nombreux pays peinent à affronter la crise. Le taux de croissance du pays était de 4% en 2012 et 5,5% en 2013. Des taux de croissance enviables.

Mais « moins sera dit sur le fait que le Kenya est l’une des places les plus inégalitaires sur terre, que l’essentiel du progrès, en particulier la croissance des revenus, est largement concentré entre les mains de 5% de la population », ajoutait M. Gathara. Le Président Kenyatta traduit parfaitement ce fait, puisqu’il est issu d’une des familles les plus riches du Kenya et de l’Afrique. Ce dernier n’aura pas manqué de fustiger le colonialisme à l’occasion de ce cinquantenaire.