Le Kenya face aux filles-mères

Le phénomène cumulé de la baisse des mariages précoces et de la rareté des campagnes pour la contraception provoque l’explosion du chiffre des filles-mères.

Avec la baisse vertigineuse des mariages précoces, le Kenya voit le nombre des filles-mères exploser. Selon une étude de l’institut américain Alan Guttmacher, 52% des Kenyanes âgées de 20 à 24 ans ont conçu un enfant avant 20 ans. Mais seulement 18% d’entre elles ont été mariées avant ce stade. Seconde cause de ce phénomène, la faiblesse des utilisations de contraceptifs modernes. 5% des femmes les utilisent dans ce pays de la corne de l’Afrique, contre 13% en Egypte ou 30% au Zimbabwe.

Une Kenyane sur deux atteinte de pathologie gynécologique est une adolescente dont l’avortement s’est réalisé dans de mauvaises conditions. Il en coûtera près de 4000 FF pour les plus fortunées qui souhaitent avorter. Mais pour la majorité écrasante des jeunes filles, grossesse est synonyme de solitude et de bannissemeInt familial.

Mort-aux-rats

L’hebdomadaire féminin kenyan, Saturday a consacré un dossier spécial à ses filles-mères dans sa dernière édition. Il présente six portraits de femmes qui ont vécu cette expérience. Avec des fortunes diverses. Si Sheila a pu compter sur une amie au portefeuille bien garni pour une IVG, il n’en pas été de même pour Mary. Cette jeune femme issue d’un milieu très pauvre en est venue à empoisonner son nouveau né avec de la mort-aux-rats pour lui éviter les affres de la faim et du mépris familial.

Pour lutter contre ce fléau social, l’association américaine, Family Health International (FHI) et l’Université de Nairobi ont mis en place un programme d’accès à la contraception grâce à une liste de contrôle des grossesses, un des seuls moyens d’accéder aux populations féminines concernées et réceptives à un message contraceptif.

Plutôt que de développer un mécanisme de tests coûteux, l’association, qui s’interdit de prescrire des contraceptifs à des femmes risquant d’être enceinte et de s’exposer à de graves conséquences sanitaires, a distribué un questionnaire simple en six points : avez-vous accouché dans les quatre dernières semaines ? Si vous avez accouché dans les six derniers mois, allaitez-vous votre enfant, vos règles ont-elles été absentes depuis sa naissance ? Vos dernières règles ont-elles commencé dans les sept derniers jours ? Avez-vous évité les rapports sexuels depuis vos dernières règles ? Utilisez-vous un contraceptif fiable, de manière systématique et correcte ?

Si la réponse est oui à une des questions seulement, assure la FHI, les prestataires ont de bonnes raisons de croire que la dame n’est pas enceinte et prescrivent des contraceptifs.