Le G8 appelé à respecter ses promesses envers l’Afrique

Les huit pays les plus industrialisés de la planète se réunissent, de mercredi à vendredi, à Heiligendamm (Allemagne), pour leur sommet annuel. En parallèle, des contre-sommets sont organisés au Mali et en Allemagne pour appeler le G8 à respecter ses promesses d’aide envers l’Afrique. La Banque mondiale déplore pour sa part un léger recul des fonds alloués à la lutte contre la pauvreté.

Les nations pauvres de la planète ont le regard tourné vers Heiligendamm (Nord-Est de l’Allemagne), où se tient, de mercredi à vendredi, le sommet annuel des huit pays les plus riches de l’hémisphère : les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, le Canada et la Russie. Le G8, dont les travaux ne commenceront véritablement que jeudi, consacrera une grande partie de ses sessions aux changements climatiques, aux inégalités commerciales qui empêchent les produits africains d’entrer sur les marchés des pays riches et au développement de l’Afrique. Le Continent espère que, cette fois-ci, les engagements pris pour l’aider à lutter contre la pauvreté ne resteront pas lettre morte.

Promesses non tenues

Pour cela, un contre-sommet réunissant un millier d’alter-mondialistes s’est ouvert lundi, pour cinq jours, à Sikasso, principale zone de production du coton du Mali, pour s’entretenir du développement, de l’annulation de la dette, des organismes génétiquement modifiés ou encore de l’immigration. Une autre réunion contre le « libéralisme effréné », à laquelle participent plusieurs organisations non gouvernementales (ONG), a commencé ce mercredi et se terminera vendredi dans les environs d’Heiligendamm.

« Nous sommes déçus des discours mielleux du G8 qui ne tient pas du tout ses promesses. Par exemple, les pays riches n’ont pas tenu leurs engagements d’annulation de la dette des pays pauvres mais aussi d’aide au développement », regrettait le directeur exécutif de la branche malienne de la Coalition africaine Dette et développement (Cad-Mali), Dounatié Dao, avant le début du contre-sommet de Sikasso. « Il est aberrant que les pays du G8 ne soient même pas en mesure de réitérer leurs engagements de 2005. Ils rompent leurs promesses et fuient leurs responsabilités », dénonce dans un communiqué Sébastien Fourmy de l’organisation Oxfam France.

La Banque mondiale critique le G8…

Lors du sommet du G8 de 2005 à Gleneagles (Ecosse), les « superpuissances » avaient en effet promis d’accroître leur aide aux pays les plus démunis, pour qu’elle atteigne, d’ici 2010, 50 milliards de dollars par an. Il était notamment question d’annuler la dette multilatérale de 18 pays et de doubler l’aide à l’Afrique. Au final, on est loin du compte : « Les flux nets d’aide publique et de dette à destination des pays africains ont diminué, passant de 35,8 milliards de dollars en 2005 à 35,1 milliards de dollars en 2006 », regrette la Banque mondiale. Oxfam, qui participe au contre-sommet qui se déroule en Allemagne, souligne que, d’après ses calculs, le G8 a 30 milliards de retard sur la promesse d’accroissement de l’aide.

« Des pays africains qui affichent de bonnes performances en matière de croissance économique et sont parvenus à établir la stabilité macro-économique grâce à plusieurs années de réforme n’ont reçu en retour que peu, voire pas, d’aide supplémentaire de la part des pays donateurs. Beaucoup de ces pays, malgré leurs performances récentes en matière de croissance, ont besoin d’aide extérieure pour réhabiliter leurs routes, étendre l’électrification et améliorer leurs systèmes d’éducation et de santé », poursuit l’institution financière internationale.

… et des Africains critiquent la Banque mondiale

Résultat, il faudra « multiplier [l’aide pour l’Afrique] par trois au cours des trois prochaines années si nous voulons parvenir en 2010 », a indiqué, mardi, le secrétaire général de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques, Angel Gurria. Surtout que la Chine, elle, ne rechigne pas à accorder des prêts, ce qui risque d’entraîner les pays qui sortent tout juste la tête de l’eau dans une nouvelle spirale de l’endettement. La Cad-Mali a proposé la création d’une « Banque du Sud », un peu sur le modèle que le Venezuela a proposé en février aux pays d’Amérique latine. Elle aurait pour objectif de contourner les systèmes de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, la Banque mondiale étant considérée par certains Africains comme une institution de riches ayant des effets « néfastes ».

Plusieurs présidents africains seront présents lors du G8 : le sud-africain Thabo Mbeki, l’Egyptien Hosni Moubarak, l’Algérien Abdelaziz Bouteflika, le Nigérian Umaru Yar’Adua, le Sénégalais Abdoulaye Wade et le Ghanéen John Kufuor (également président de l’Union africaine). Peut-être parviendront-ils à convaincre les huit Etats les plus riches d’agir. Cela dit, l’Allemagne devrait promettre une augmentation de l’ordre de 2 à 3 milliards d’euros pour les pays pauvres et une manne devrait alimenter le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et la malaria, selon des fuites publiées dans la presse. Quant au climat, un conseiller du président américain a fait savoir ce mercredi que les Etats-Unis s’opposaient à tout objectif chiffré quant à la réduction des gaz à effet de serre…