Le Forum de Dakar fête ses dix ans dans un Sahel en recomposition


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Forum de Dakar @photo, Présidence du Sénégal
Forum de Dakar @photo, Présidence du Sénégal

Après deux ans d’interruption, le rendez-vous sécuritaire le plus important du continent africain a repris ses travaux lundi à Diamniadio. La dixième édition s’ouvre sur un paysage stratégique profondément transformé : dissolution du G5 Sahel, crise de la Cédéao, djihadisme aux portes du golfe de Guinée.

Le Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique a fait son retour à Dakar pour sa dixième édition qui s’est ouverte hier, le 20 avril, pour une durée de deux jours. Devant une assistance très fournie, les travaux se sont ouverts au Centre international de conférences Abdou Diouf de Diamniadio, sous la présidence du chef de l’État sénégalais Bassirou Diomaye Faye. Le thème retenu « L’Afrique face aux défis de stabilité, d’intégration et de souveraineté : quelles solutions durables ? » évoque l’urgence du moment.

Aux côtés de Bassirou Diomaye Faye à la tribune d’ouverture figuraient Julius Maada Bio, président de la Sierra Leone et président en exercice de la Cédéao, et Mohamed Ould El-Ghazouani, chef de l’État mauritanien. Pour une édition qui regroupenau total, plus de 700 participants venus de 60 pays. Parmi eux, des chefs d’État, des ministres, des diplomates, des officiers supérieurs et des chercheurs. La France, le Mali, le Japon et le Niger figurent notamment parmi les délégations présentes.

Une édition anniversaire sous le signe du souverainisme

Créé en 2013 sous la présidence de Macky Sall, le Forum de Dakar est devenu au fil des années l’un des cadres de dialogue et de réflexion les plus importants sur les défis sécuritaires du continent. Cependant, dix ans plus tard, le paysage a changé de nature. Le G5 Sahel est dissous, la Cédéao fragilisée par le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, et le djihadisme progresse désormais vers les États côtiers du golfe de Guinée comme le Bénin, le Togo et le Ghana.

Dans ce contexte, le discours du président Faye s’est voulu tranchant. Devant plusieurs centaines de diplomates, responsables sécuritaires et chercheurs, il a martelé que l’Afrique ne doit plus accepter que son agenda sécuritaire soit défini de l’extérieur, que ses priorités soient dictées par des intérêts étrangers ou que son espace stratégique soit occupé sans son consentement.  Une posture souverainiste assumée, en rupture avec les dispositifs hérités de la période post-coloniale, qui résonne avec les reconfigurations en cours dans plusieurs capitales ouest-africaines.

La presse du continent a largement relayé cette tonalité. À Ouagadougou, les médias ont salué l’appel à « reprendre la main sur l’agenda sécuritaire », dans un pays où les FAMA signalent encore des accrochages quasi-quotidiens avec des groupes armés. À Abidjan, Connectionivoirienne a mis en avant les risques d’extension du djihadisme vers les frontières ivoiriennes, soulignant l’urgence pour les États côtiers. Du côté de Dakar, l’APS et Le Soleil ont couvert l’événement comme un moment de « maturité institutionnelle ».

Ressources, cybersécurité et recomposition des alliances

Deux sessions plénières structurent les deux jours de travaux : « Souveraineté et enjeux contemporains : l’Afrique entre périls et opportunités » et « Intégration régionale et sécurité collective : opportunités ou défis pour les États africains ? ». En parallèle, des ateliers thématiques portent sur les transitions politiques, la cybersécurité et la recomposition des forces de sécurité régionales.

La question des ressources naturelles occupe une place centrale dans les débats. L’Afrique détient 30 % des minerais critiques mondiaux, essentiels à la transition énergétique, selon l’organisation Rights & Resources, mais elle en transforme peu et n’a pas une influence suffisante. La chercheuse Solange Bandiaky-Badji a souligné cette « ruée géopolitique » sans précédent où toutes les puissances cherchent à s’implanter sur le continent, posant la question de la malédiction des ressources.

Pour les chancelleries européennes, moyen-orientales et asiatiques, les conclusions du Forum de Dakar seront scrutées avec attention, dans un contexte où la Russie, la Turquie, les Émirats arabes unis et la Chine consolident leurs positions sécuritaires et industrielles sur le continent. La présence d’un général burkinabè représentant les centres stratégiques de l’Alliance des États du Sahel (AES) aux côtés d’un représentant du département d’État américain et de l’envoyée spéciale allemande pour le Sahel illustre, mieux que tout discours, la complexité des équilibres que ce forum tente de ménager.

Le Global Terrorism Index 2026 rappelle que le Sahel a vu le nombre de décès liés au terrorisme être multiplié par dix depuis 2007. En outre,  quatre pays d’Afrique de l’Ouest figurent parmi les dix États les plus affectés. C’est cette réalité brute que les commissions du forum sont chargées de transformer en recommandations opérationnelles d’ici la clôture prévue ce mardi soir.

Criss Bailly
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Criss Bailly est un journaliste collaborant avec afrik.com, où il couvre une large palette de sujets allant de la politique à la culture, en passant par la santé et la société. Ses articles abordent des thématiques variées, telles que la responsabilité sociétale des entreprises en Afrique, la situation épidémiologique du Covid-19 au Gabon, ou encore des enquêtes sur des scandales internationaux impliquant des figures publiques. Il met également en lumière des figures marquantes du continent, comme l’écrivain Serge Bilé ou la chanteuse Dobet Gnahoré, à travers des interviews et des analyses approfondies. Son travail reflète un engagement à décrypter les dynamiques africaines contemporaines, tout en donnant une voix aux acteurs influents du continent.
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