Le Fima s’est ouvert sur les dunes de Karey Gourou

Les jeunes stylistes sont à l’honneur du cinquième Festival international de la mode africaine, qui s’est ouvert mardi par un concert organisé sur les dunes de Karey Gorou, à une vingtaine de kilomètres de Niamey. Le spectacle, à l’origine une « soirée humanitaire » dédiée à la lutte « contre la malnutrition », a finalement été offert « à la femme et l’enfant ».

De notre envoyé spécial

Glamour, strass et paillettes façon Niamey. Il n’y a pas que la misère au Niger, et le Festival international de la mode africaine (Fima) est l’un des évènements qui contribue depuis 1998 à le prouver. Mais pour sa cinquième édition, la biennale ne pouvait faire l’économie d’une allusion à la crise alimentaire qui secoue le Niger depuis un an. Surtout de la part de son créateur, Seidnaly Sidahmed, dit Alphadi, ambassadeur contre la drépanocytose en Afrique également très engagé avec l’association « Aide et Action pour la défense de l’éducation des enfants dans le monde ». La soirée d’ouverture du festival organisée, mardi, au cœur des dunes de Karey Gorou, devait ainsi être consacrée à la « lutte contre la crise alimentaire et la malnutrition de l’enfant au Niger ». Mais le soir venu, Aïcha Koné, Pierrette Adams, les bluesmen touaregs ou les Peuls Bororo ont finalement chanté pour « la femme et l’enfant ».

Le gouvernement nigérien décrète depuis plusieurs semaines, avec de plus en plus d’insistance et contre l’avis des organisations non gouvernementales et du Programme alimentaire mondial, que la crise alimentaire n’est plus. Seul Olivier Poivre d’Arvor, directeur de l’Association française d’action artistique (Afaa), l’un des principaux sponsors du Fima, évoquera la grave « crise que le Niger surmonte » et celles, « alimentaires et sanitaires », auxquelles il doit faire face, pour demander l’« indulgence [des festivaliers] avec l’organisation ». Car « Niamey n’est pas Cannes ».

« L’Afrique est à la mode »

Niamey n’est pas Cannes, mais le Fima compte bien demeurer malgré ses difficultés « Le » festival incontournable de la mode sur le continent. « Comme Bamako est la référence de la photographie » avec sa biennale et « Antananarive, celle de la chorégraphie » avec ses « Rencontres », insiste Ibrahim Loutou, vice-président de l’Afaa, président d’Afrique en création et ex-ministre nigérien de la culture. Il venait d’expliquer qu’« un pays voisin a voulu organiser un festival de la mode référence pour le continent et qu’il lui a été indiqué qu’il en existait déjà un. » Parmi les « 90 artistes provenant de 54 pays » annoncés par Alphadi, l’on pouvait compter Sonia Rykiel (France), Xuly Bet (Mali), Jean Claude Jitrois (France) ou encore Pathéo (Burkina, Côte d’Ivoire).

Pour pérenniser, il faut préparer les talents de demain. Alors en plus des traditionnels défilés de grands créateurs et du concours de « Top Model », qui verra selon Alphadi la participation de « quatorze des plus beaux mannequins africains », dix stylistes ont été présélectionnés sur tout le continent pour se disputer le prix de meilleur jeune créateur africain. « L’Afrique est à la mode », c’est le nom du concours, voit la participation de très jeunes artistes, tel l’Ethiopien Mohamed Osmane, dit Ras Africa, 25 ans, qui a dessiné son premier vêtement, un uniforme scolaire, à douze ans. C’est également le Camerounais Anggy Haïf, dont les vêtements, à base de raphia, racines, lianes ou feuillage font de ses modèles de véritables Amazones, ou encore Ousmane Sambo, dit Ousmane « Style », qui tient boutique à Niamey et tente de prouver que le pagne peut être « fashion » et se porter en Europe. Le Zimbabwéen Ratisaï devra faire preuve d’encore plus d’imagination que ses concurrents pour présenter un travail, ses produits ayant été perdus lors d’une escale.

« Les gens viennent de pays qui ont des problèmes, comme Bill Ruterana, qui montre que le Rwanda vit », insiste Alphadi. Des « artistes qui émergent au prix d’efforts incalculables et que les pays qui en ont les moyens doivent aider », explique Olivier Poivre d’Arvor, avant d’annoncer son soutien, « notamment financier », au prochain Fima. « Le Fima est un festival connu de part le monde, assure Alphadi, mais un festival pauvre. Il doit rester un combat nigérien, mais si la France nous aide, alors c’est gagné. »