Le dangereux amalgame

Il faut croire qu’une certaine opinion publique américaine a déjà basculé dans la haine, abreuvée par l’idiote et dangereuse hypothèse, car simpliste et sans fondement, d’une confrontation entre l’Occident et le monde musulman, pour voir le président George W. Bush se rendre dans une mosquée new-yorkaise et lire un passage du Coran.  » Les musulmans américains sont des Américains et ils aiment aussi leur drapeau « , se croit obligé de préciser le locataire de la Maison Blanche. La veille, deux musulmans américains ont été abattus chez eux par des excités de la gâchette, en croisade contre  » l’ennemi visible « .

Que d’amalgames distillés, souvent intentionnellement, par les médias et les hommes politiques ! A force de manier des concepts mal maîtrisés, les journalistes, essentiellement des médias lourds, pris dans la turbulence de l’équation information/réactivité, la télévision ayant horreur du vide, balancent des contre-vérités à donner le tournis à leurs téléspectateurs. Islamique, islamiste, fondamentaliste… A manger à pleins tubes cathodiques des raccourcis assassins, il est difficile de distinguer Ben Laden de Soheib Bencheikh, l’imam laïc de Marseille, ou le recteur de la mosquée de Paris d’un émir du GIA.

Pourtant, la communauté musulmane, déjà meurtrie par le terrorisme, endeuillée par les fous d’Allah, a été la première à condamner les attentats qui ont visé les Etats-Unis. Car elle sait que les regards se tourneront fatalement vers elle. Et qu’elle sera tenue de se justifier tout le temps, de se démarquer de ses brebis galeuses. Pourtant, c’est bien les présidents américains successifs qui ont créé le monstre islamiste. Il est vrai que Frankenstein a échappé à son créateur. Devenu adulte, il a voulu prendre sa liberté. Comme l’unique langage qu’il a appris est celui des armes et de la haine, il ne sait user que de celui-là. Secte des assassins.

On est loin, très loin, du conflit entre civilisations, de la confrontation Nord-Sud. On ne combat pas un ennemi qui se nourrit de sang par la violence mais par la justice. Il faut tarir le lit de l’islamisme en asséchant les frustrations de son environnement.