Le Dakar sans Dakar

La 25ème édition du Dakar ne passera pas par le Sénégal. Le nouveau tracé amènera, en janvier, le rallye jusqu’en Egypte. Une déception pour le Sénégal qui aligne cinq pilotes sur la grille de départ. Interview d’André Mathieu, secrétaire général de la Fédération sénégalaise de sport automobile et motocycliste.

Le Dakar 2003 ne passe pas par le Sénégal. Les organisateurs du rallye ont choisi, pour la 25ème édition (1er au 19 janvier), un nouveau tracé qui partira de Marseille pour arriver à Sharm el Sheikh (Egypte). Le Sénégal voit s’échapper le prestigieux événement, qui rapporte près de 3 milliards de F CFA au pays estime le secrétaire général de la Fédération sénégalaise de sport automobile et motocycliste, André Mathieu, également représentant du Dakar au Sénégal.

Afrik : Le Sénégal est-il déçu de ne pas accueillir le Dakar 2003 ?

André Mathieu : Evidemment. J’ai récemment été reçu par le ministre des Sports qui m’a demandé comment j’avais fait pour laisser échapper le Dakar. J’ai aussi été interpellé par le syndicat des hôteliers et le groupement des loueurs de voitures. Sans compter les artisans, les commerçants, les restaurateurs, ou les tour-opérateurs. Bien qu’il soit difficile de chiffrer l’impact économique du Dakar, j’estime qu’il rapporte environ 3 milliards de F CFA au pays.

Afrik : Pourquoi le Dakar vous a-t-il échappé ?

André Mathieu : Il faudrait le demander aux organisateurs (le rallye appartient au groupe Amaury, également propriétaire du Tour de France cycliste, du Marathon de Paris et du quotidien sportif français l’Equipe, ndlr). Mais je crois que les raisons sont d’ordre géopolitique. Le nouveau tracé est peut-être plus sûr. Rappelez-vous qu’il y a deux ans, le Dakar avait dû organiser un pont aérien entre le Niger et la Libye suite à des menaces de groupes armés. Ce sont des opérations qui coûtent cher et qui alourdissent le budget de l’événement. D’autre part, le Dakar est un produit que les organisateurs doivent vendre. Il faut faire des changements pour qu’il continue à être séduisant.

Afrik : Un Dakar qui ne se termine pas à Dakar n’enlève-t-il pas un symbole sportif fort au pays ?

André Mathieu : C’est une déception pour tous les pays traditionnels des anciens tracés . Ni le Maroc, ni la Mauritanie, ni le Mali, n’accueillent le Dakar 2003. Mais le Dakar reste toujours le Dakar, comme en témoigne le logo 2003. Même si la. 25ème édition fait Marseille-Sharm el Sheikh.

Afrik : Combien de pilotes sénégalais participeront au Dakar ?

André Mathieu : Il y aura cinq pilotes sous licences sénégalaises. En moto, Mame Less Diallo (Moto Club de Dakar) sur KTM entamera sa 6ème participation. En voiture, honneur aux dames, Sindiély Wade, la fille du chef de l’Etat, participera à son premier rallye sur Nissan Dessoude (préparateur français, ndlr). Elle aura pour coéquipier Didier Pelletier, un Français résidant au Sénégal. Thierry Delavergne, un semi-pro avec 15 ans d’expérience, courra également sur Nissan Dessoude. Il aura pour coéquipier le navigateur français Jacky Dubois. Enfin Erick Farges, un Français naturalisé Sénégalais, participera à sa 8ème édition, avec à ses côtés le Français Jean-Marc Ancel, sur Toyota. Tous les pilotes auto sont issus de l’Ecurie Sénégal (dont André Mathieu est président, ndlr).

Afrik : Combien y a-t-il d’écuries de sport automobile et motocycliste au Sénégal ?

André Mathieu : Quatre. Deux en moto : le Moto club de Dakar et le Sénégal Moto Verte. Deux en auto : Kayor et l’Ecurie Sénégal. En tout, la Fédération sénégalaise de sport automobile et motocycliste accorde près de 90 licences par an. 60 pour les voitures, 30 pour les motos.

Afrik : Quels sont les objectifs des pilotes sénégalais ?

André Mathieu : L’objectifs minimum est d’arriver. Quoi qu’on en dise, le Dakar est une aventure où il faut aller au bout de soi-même. Pour tous les pilotes, qu’ils soient confirmés ou novices, terminer un Dakar constitue un exploit. Nous demandons aux pilotes de faire le maximum pour arriver.

Afrik : Que pensez-vous du tracé ?

André Mathieu : Il est difficile et compliqué. Il y a moins de terrains durs et plus de terrains mous, beaucoup d’étapes de navigation, ce qui risquent de faire perdre du temps aux pilotes. Il faudra également se méfier des conditions climatiques. Le désert du Sahel est plus frais à l’Est qu’à l’Ouest. Il faudra s’attendre à des nuits plus froides. Si en Mauritanie le thermomètre descend à 4°, il peut atteindre -3° en Libye.