Le coton burkinabè à l’heure de la culture transgénique ?

L’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA), la firme américaine Monsanto et Burkina Biotech Association ont rendu public, le 3 février dernier à Ouagadougou, les résultats de deux années d’expérimentation sur le coton transgénique au Burkina Faso. L’annonce de ces résultats, jugés « encourageants », semble susciter la satisfaction de nombreux acteurs de la branche. Elle est cependant loin de faire l’unanimité au sein de la société civile.

Par Sandrine Desroses

Coton génétiquement modifié au Burkina Faso. Les résultats de l’expérimentation du coton transgénique Bollgard II, en cours depuis deux ans sur les stations de recherche de Farako-Bâ (région Ouest) et Kouaré (région de l’Est), ont été restitués, le 3 février dernier, par les chercheurs de l’INERA, la firme américaine Monsanto et Burkina Biotech Association. Tous se sont félicités de l’issue des tests, dont les « résultats probants » témoigneraient de l’efficacité de l’utilisation du coton Bollgard II ou « Bt » dans la lutte contre les parasites qui sévissent sur la production cotonnière du pays. Pour les organisations écologiques burkinabès, cette pseudo-avancée est dores et déjà sujette à controverse.

« Des résultats probants »…

Pour les différents professionnels interrogés, l’éventuelle introduction du coton transgénique au Burkina Faso constitue en soi une « avancée biotechnologique » sur le continent africain. « Il n’y a pas de raison que les pays africains soient absents de cette avancée technologique : ils ont le droit d’y accéder en fonction de leurs besoins. Aujourd’hui, plus de 30% de la production mondiale est biotechnologique avec la Chine et les USA qui sont les deux plus gros producteurs mondiaux», souligne Henri Clavier, responsable du service agronomique pour le Développement des agro-industries (Dagris, actionnaire de la Sofitex).

L’objectif des tests consistait également étudier la rentabilité de la technologie Bt dans les conditions de culture au Burkina Faso. A l’issue des expérimentations, il apparaîtrait que « le gène Bt n’influe ni sur la précocité ni sur le rendement égrenage du coton. De plus, le Bollgard II permettrait l’accroissement du rendement en coton graine, ainsi qu’un contrôle efficace des populations larvaires, lépidoptères et phyllophages (parasites, ndlr) », explique M. Clavier.

Les problèmes de santé publique négligés

François Traoré, Président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPCB), se range du côté de la recherche et salue les résultats des expérimentations, sans pour autant se prononcer davantage sur la situation. « La recherche a fait son travail et elle a permis de confirmer certains postulats, à savoir, le Bt est efficace dans la lutte contre les chenilles qui endommagent le coton. Ce sont des résultats qui donnent des indications au niveau de la recherche, pas au niveau de l’exploitation. »

Si ces résultats semblent être accueillis avec enthousiasme par la communauté scientifique et les entreprises cotonnières telles que la Sofitex, Monsanto ou encore Burkina Biotech association, la population civile, quant à elle, demeure en attente de réponses liées aux OGM en matière de santé publique et environnementale. Car la question est à peine évoquée par les autorités.

Si les autorités burkinabès ont établi une législation pour encadrer les expérimentations du Bt, cette mesure n’aurait pas été pour autant suivie d’effets. Jean-Didier Zongo, professeur en génétique à l’Université de Ouagadougou et président de la Coalition de veille face aux organismes génétiquement modifiés au Burkina Faso (CV-OGM/BF), insiste sur le fait qu’ « aucune structure, à ce jour, n’a été mise en place pour assurer l’application des textes de réglementation. » La coalition s’engage ainsi, si aucune structure appropriée n’est mise en place d’ici cinq ans, à mener une campagne de sensibilisation auprès de la société civile afin de mettre en garde face aux problèmes sanitaires et environnementaux liés à l’introduction des OGM au Burkina Faso.

La fuite des gènes et le prix des semences trangéniques

Les mouvements anti-OGM burkinabès, et le CV-OGM/BF, ont fait part aux autorités de leur inquiétude vis-à-vis du phénomène de fuite des gènes induit par l’utilisation du gène Bt dans la production cotonnière. « Le pollen qui se dégage des OGM peut aller féconder d’autres plantes et ainsi se disperser dans la nature », souligne le professeur Zongo. Ce phénomène constitue en effet un danger pour tout l’écosystème, d’autant qu’on ne connaît pas encore les effets des OGM sur la santé. C’est pourquoi les Verts burkinabés insistent auprès du gouvernement pour que soit adopté le principe de précaution par l’application de mesures biosécuritaires sérieuses visant à prévenir tout risque sur le plan sanitaire. Le mouvement anti-OGM, emmené par le professeur Zongo, a demandé un moratoire d’au moins cinq ans aux autorités burkinabès afin de retarder l’introduction des OGM dans le pays. Mais visiblement, « les mesures prises en ce moment valent moratoire pour le gouvernement », ironise le professeur Zongo. Et de poursuivre « Je précise que CV-OGM/BF a demandé qu’un moratoire de cinq ans soit adopté, ceci malgré l’adoption des textes règlementaires, surtout que les textes mis en place ne sont pas encore applicables du fait qu’aucune
structure prévue par les autorités n’est encore fonctionnelle ».

« L’Afrique, avec le coton, est confrontée à un problème de compétitivité par rapport aux cours mondiaux. Le continent ne parvient pas à subventionner son agriculture », poursuit M. Clavier. Ainsi, l’introduction permettrait une baisse du prix de revient du coton. Mais ce qu’il omet de préciser, c’est qu’ « il faut aussi compter avec un coût supplémentaire entraîné par le paiement de royalties par les producteurs de coton qui souhaiteraient recourir aux OGM. Les agriculteurs devront alors payer le prix de la technologie, à chaque campagne, à la firme Monsanto qui détient les brevets pour la production des semences transgéniques. Non seulement la semence coton coûtera plus cher, mais les paysans se trouveront aussi dans une position de dépendance par rapport à Monsanto », souligne Monsieur Zongo.

Faux problème

Coton avec ou sans parasites, coton Bt ou pas, la question reste entière. Mais est-ce là le vrai problème ? Les divers interlocuteurs contactés laissent entrevoir comme un étrange glissement dans le débat. Le problème du coton africain, en général, et burkinabé en particulier, n’est-il pas plus lié à la question des subventions accordées par les pays du Nord pour doper artificiellement la compétitivité de leur coton qu’au simple discours du pour ou contre les cultures transgéniques ?