Le coton africain s’organise

Les professionnels du coton africain se sont réunis le 27 juin 2002 à Abidjan pour créer  » l’Association cotonnière africaine  » (ACA) afin d’échanger leurs expériences respectives et de défendre leurs intérêts sur le plan international. Interview d’Ibrahim Malloum, directeur commercial de la Société cotonnière du Tchad et président de l’Association.

Les professionnels du coton africain ont créé, le 27 juin dernier à Abidjan, l’Association cotonnière africaine (ACA). Troisième exportateur mondial, après les Etats Unis et l’Ouzbékistan, l’Afrique doit aujourd’hui faire face à la concurrence d’un coton des pays du Nord largement subventionné et au faible cours du marché. Ibrahim Malloum, directeur commercial de la Société cotonnière du Tchad et président de l’Association revient sur les fondements d’une crise structurelle.

Afrik : Pourquoi avoir créé une telle association ?

Ibrahim Malloum : Pour défendre et promouvoir le coton africain. Cette association a principalement pour objet d’organiser et de défendre les filières cotonnières africaines face à un environnement économique mondial des plus difficiles, de défendre et de promouvoir la qualité du coton africain et d’échanger les expériences entre sociétés cotonnières africaines. La création de cette association comble un vide par la création d’un cadre de concertation pour permettre à l’Afrique (3ème exportateur mondial ) de faire entendre sa voix et de défendre ses producteurs.

Afrik : La création de l’association n’a-t-elle pas été précipitée par l’actuelle crise du coton ?

Ibrahim Malloum : Oui et non. L’idée de créer l’association n’est pas nouvelle. La première initiative date de 1989. A l’époque, nous nous placions dans une logique d’échange d’expériences, de concertation entre les responsables des différentes sociétés cotonnières africaines. Il s’agissait plutôt de discuter sur des problèmes de qualité de coton. Aujourd’hui, la question qui se pose est la survie même de la culture cotonnière en Afrique à cause de la chute des cours qui est la conséquence des politiques de subventions agricoles des pays du Nord soutenant ainsi artificiellement une surproduction cotonnière au niveau mondial.

Afrik : Quel est le problème des subventions agricoles ?

Ibrahim Malloum : Avant, le marché du coton était cyclique. Un cycle de trois ou quatre ans où les prix montaient, ce qui tirait la production mondiale vers le haut. Une fois que l’offre dépassait la demande, les prix baissaient. Les subventions à la productions ont fait disparaître l’élément cyclique. Elles favorisent la surproduction car les fermiers américains, grecs ou espagnoles sont subventionnés à coup de milliards de dollars ou d’euros. Le montant de subventions accordées par kilo produit est supérieur au cours mondial du coton. Ces fermiers nantis continueront donc à produire car la baisse des cours sur le marché n’est pas leur problème. Les subventions agricoles constituent une entrave à la libre-concurrence et elles pénalisent les pays producteurs africains.

Afrik : Si l’on devait chiffrer la surproduction ?

Ibrahim Malloum : La production mondiale s’élevait pour la campagne 2001-2002 à 21,28 millions de tonnes tandis que la consommation s’élevait seulement à 19,92 millions de tonnes. A cela il faut ajouter les 9,23 tonnes de stock de report de la campagne précédente. Le déséquilibre entre l’offre et la demande entraîne une chute des cours. Les pays du Sud n’ont pas les moyens de subventionner. Nous ne pouvons rivaliser alors que nous avons le coton le plus compétitif du monde.

Afrik : Qu’est ce qui fait la compétitivité du coton africain ?

Ibrahim Malloum : C’est un coton de qualité, au niveau notamment de la brillance de la longueur, de la finesse et de la ténacité des fibres. Il est de plus récolté à la main et non à la machine, ce qui en fait un coton plus propre. D’autre part, le coton africain est un coton pluvial. Il ne nécessite aucun coût d’irrigation. Ajouté au fait que la main-d’oeuvre est bon marché, notre coton bénéficie du plus faible prix de revient au monde ; et il ne bénéficie d’aucune subvention.

Afrik : Quelles solutions préconisez-vous pour remédier au problème des subventions ?

Ibrahim Malloum : Les paysans du Nord constituent un lobby important, on peut difficilement inverser la politique de subvention mais les Etats ont tout de même les moyens de diminuer la production. En payant leurs fermiers pour ne pas produire c’est-à-dire pour mettre en jachère une partie de leurs superficies agricoles. Les Etats Unis l’ont déjà fait par le passé et cela a permis de réduire la production vers les années 1991/92.