Le conflit Obasanjo-Abubakar, source de tensions au Nigeria

Des appels de plus en plus pressants se font entendre en vue de la destitution du président nigérian Olusegun Obasanjo et de son vice-président, Atiku Abubakar, qui s’accusent mutuellement de détournement de fonds et d’abus de pouvoir.

Une enquête menée par la Commission de lutte contre les crimes économiques et financiers (EFCC) a conclu que le vice-président avait tiré avantage de ses fonctions pour détourner des millions de dollars appartenant à un organisme fédéral intervenant dans le secteur des hydrocarbures.

Suite à la soumission par le président Obasanjo de ce rapport ainsi que d’un second produit par un Comité administratif au Parlement fédéral, le camp du vice-président n’a pas tardé à lancer la contre-attaque en produisant des éléments censés administrer la preuve que le chef de l’Etat avait aussi largement bénéficié de ces crédits.

La guerre médiatique entre ces deux anciens alliés politiques a fait naître les craintes d’une crise politique qui pourrait influer négativement sur les élections générales de l’année prochaine.

Ces élections sont considérées comme une étape cruciale pour la réussite de la fragile démocratie nigériane, notamment en ce qui concerne la recherche d’une première transition réussie entre deux régimes civils depuis l’émancipation du pays de la Grande-Bretagne, en 1960.

Le vice-président, qui envisage de se présenter à la
présidentielle de 2007, se dit victime d’une vendetta politique menée par le président Obasanjo, suite à son apposition à l’ambition de son patron de briguer un troisième mandat, une possibilité qui n’est pas prévue par la Constitution.

Implication d’un membre du Congrès américain

Le chef de l’Etat a rejeté ces accusations, affirmant que les enquêtes avaient été ouvertes à la demande du FBI américain, qui tentait de faire la lumière sur les liens entre William Jefferson, un membre du Congrès américain, et un certain nombre d’hommes d’affaires nigérians.

S’exprimant sur la crise, Balarabe Musa, un ancien gouverneur de l’Etat de Kaduna, dans le nord du pays, a exhorté l’Assemblée nationale (Parlement) à destituer le président et le vice-président.

« Ils ont facilité les choses aux Nigérians », a-t-il affirmé, dans une interview publiée vendredi. « Il est à présent clair qu’aucun d’eux ne peut continuer à
exercer au sein du gouvernement actuel. Il appartient maintenant à l’Assemblée nationale de prendre les mesures qui s’imposent, c’est-à-dire d’instruire les allégations faites de chaque côté et les invalider tous les deux », a indiqué M. Musa, tout en suggérant la mise sur pied d’un gouvernement intérimaire en attendant l’organisation des élections générales en 2007.

Vers une démission des deux protagonistes ?

Intervenant dans le même esprit, un autre homme politique de premier plan, Chukwuemeka Ezeife, a fait valoir que le Parlement jouerait un rôle extrêmement positif en destituant les deux responsables ou en les forçant à démissionner.

« Si nous nous basons sur ce que disent leurs propres sources, les deux responsables sont susceptibles de destitution et il ne reste qu’à passer à l’acte », a-t-il affirmé, ajoutant que « nous devons maintenant saisir cette occasion pour assainir l’espace politique ».

Selon les conclusions d’un éditorial paru, vendredi, dans un quotidien nigérian, la crise actuelle est le résultat d’une « faillite des leaders ». « Au moment où les Nigérians et leurs dirigeants devraient être préoccupés par l’avenir, le spectacle d’un président engagé dans une bataille ouverte avec son second jette le discrédit sur leurs
hautes fonctions, embarrasse les citoyens et transforme la marche du pays vers l’avenir en un point d’interrogation sur la feuille de route », commente « le Guardian ».

« Nous souhaitons ne jamais en arriver à regretter de ne pas nous être débarrassés d’eux », ajoute le journal.

Cependant, le Sénat a transmis les rapports controversés à son comité judiciaire, tandis la Chambre des Représentants n’a pas encore fait connaître la suite qu’elle entendait réserver à ces rapports.

Aux termes de la Constitution nigériane, seule l’institution législative fédérale (Assemblée nationale) a le pouvoir de prononcer la destitution d’un président ou de son second et cela n’est possible qu’à l’issue d’une très lourde procédure de destitution.