Le commerce inter-africain peine toujours à se développer

Les pays africains commercent très peu entre eux en comparaison aux pays asiatiques ou encore européens. Ce qui empêche l’accroissement de la compétitivité du continent sur le marché international, selon la Banque africaine de développement (BAD).

(De notre envoyée spéciale au sommet de la BAD à Marrakech)

Les pays africains n’échangent pas suffisamment entre eux. Un constat fait par les experts de la Banque africaine de développement (BAD), qui se sont exprimés sur la question lors d’une conférence à l’occasion des Assemblées annuelles de l’organisation, à Marrakech. Le commerce inter-africain n’est que de 15% sur tout le continent. Ce qui constitue un taux très faible comparé aux autres pays du monde. Pourquoi est ce que les pays du continent commercent si peu entre eux?

Les raisons sont multiples, selon les experts de la BAD. Les pays africains sont confrontés au manque de capitaux, d’infrastructures et à la mauvaise gouvernance. Sans compter les taxes douanières qui coûtent très chers.

Tous ces problèmes de logistiques empêchent le commerce inter-africain de se développer. « Le manque de compétence des ressources humaines est aussi un sérieux frein à la fluidité des échanges alors qu’une entreprise a besoin d’une main d’oeuvre qualifiée », selon le Dr. Abbi Mamo Kedir, consultant en économie au sein de l’organisation School of management university of Lelcester en Ethiopie.

Pour remédier à cette situation, l’Afrique doit développer les investissements inter-africains pour améliorer sa compétitivité sur le marché international. Pourtant des politiques de soutien existent dans le continent pour les promouvoir, selon les experts de la BAD. Mais elles ne sont pas concrétisées. Quelles solutions face à ce constat alarmant ? D’après eux, il faut commencer par réformer les politiques d’investissements pour promouvoir les échanges entre les pays du continent.

Le Maroc, un carrefour d’investissement

Le Maroc, qui est devenu un carrefour d’investissement dans la région en quelques années, a fourni des efforts allant en ce sens, selon Youssef Rouissi, Directeur général adjoint de la banque Attijariwafa. D’après lui, son pays s’intéresse de près au « marché africain. Nous disposons de cinq banques dans plusieurs pays d’Afrique. De plus, les millions de consommateurs africains nous ont fait comprendre qu’on pouvait récupérer le marché de distribution de l’industrie agroalimentaire ».

Toutefois, même si le Maroc effectue des investissements dans les pays du continent, 60% de son économie dépend encore de l’Europe, notamment de la France et de l’Espagne.

Raison de plus pour laquelle, l’Afrique doit impérativement s’unir si elle veut améliorer sa compétitivité sur le marché mondial, estime pour sa part le ministre ougandais de la Justice, Kahinda Otafiire. Selon lui, « Jusqu’à présent, l’Afrique a toujours exporté des matières premières. Il faut qu’elle diversifie son marché, qu’elle construise par exemples ses propres voitures. »

L’intégration régionale doit être développée

Le ministre va même plus loin : « L’Afrique du Sud qui a connu un essor économique très important ces dernières années peut atteindre un meilleur niveau de développement. Mais malheureusement elle ne s’est pas suffisamment imposée sur le marché africain alors qu’elle a le potentiel pour le faire ». Preuve, selon lui, « qu’on ne pourra pas parler de croissance en Afrique tant qu’on aura pas développé l’intégration régionale ».

Seulement, l’intégration régionale est loin d’être aisée à mettre en place. Des organisations telles que la Communauté économiques des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) ou la communauté économique des Etats d’Afrique centrale (Ceeac) existent. Mais plusieurs dissensions entravent à leur bon fonctionnement. Il y a aussi la barrière de la langue et de la culture entre les pays de la zone francophone et anglophone qui ne facilitent pas le développement de l’intégration régionale.