Le combat d’un homme pour la liberté de la presse

Lauréat du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano, qui lui sera remis à Manille le 3 mai, le journaliste zimbabwéen Geoffrey Nyarota raconte son combat pour une presse libre.

Parlant d’une voix douce, au milieu de son luxuriant jardin, Geoffrey Nyarota, 51 ans, semble bien loin du monde âpre et remuant de la presse quotidienne. Pourtant, en tant que directeur du Daily News, le seul quotidien zimbabwéen indépendant, il est au coeur

du combat pour une presse libre.

Deux jours seulement avant cette entrevue, il a été arrêté et accusé de diffamation pour avoir publié des informations selon lesquelles des responsables gouvernementaux auraient falsifié des résultats électoraux lors de l’élection présidentielle de mars dernier. Geoffrey Nyarota et sa famille voient régulièrement de mystérieuses voitures s’attarder devant leur maison. Le journaliste a aussi reçu des menaces de mort.

Le gouvernement a lancé cinq accusations contre lui pour des articles portant sur la corruption et sur des violations des droits de l’homme. Selon la nouvelle loi zimbabwéenne sur les médias, il pourrait être condamné à la prison et son journal fermé.

Justice, sérénité et détermination

Mais il ne tremble pas.  » Ces charges sont sans fondement. Nos articles étaient étayés et nos dossiers sont bien ficelés. Les accusations du gouvernement ne tiendront pas devant le tribunal « , dit-il avec confiance. Avec une calme détermination, Geoffrey Nyarota a placé son journal à l’avant-garde de la lutte pour la survie d’une presse indépendante et critique au Zimbabwe.

Depuis qu’il a fondé le Daily News en 1999, il a fait monter en puissance le quotidien jusqu’à en faire le plus gros tirage du Zimbabwe, dépassant de loin les ventes du Herald qui appartient à l’Etat. Après un attentat à la bombe en avril 2000, les presses de son quotidien ont été détruites en janvier 2001 par très forte explosion. Malgré tout cela, le quotidien n’a pas raté un seul jour de parution. » Je n’avais jamais pensé que ma carrière journalistique m’entraînerait jusqu’à la situation actuelle « , soupire-t-il.  » Quand j’ai commencé, je voulais écrire sur les voitures, pas sur la politique « .

Un talent impertinent

Avant de se faire remarquer en couvrant les premières élections du pays en 1980 – élections qui portèrent Robert Mugabe au pouvoir – Geoffrey Nyarota était déjà l’un des premiers journalistes noirs du pays. Lorsqu’il devint rédacteur en chef du Manica Post, un hebdomadaire appartenant à l’Etat, il en doubla la diffusion en moins d’un an.  » Ce n’était pas difficile « , explique-t-il.  » Le journal ne s’adressait jusque-là qu’à la minorité blanche. J’ai simplement ouvert le journal à un lectorat plus large « . Il fut ensuite promu rédacteur en chef d’un autre journal appartenant à l’Etat, le Bulawayo Chronicle, quotidien de la deuxième ville du pays.

Et il y dévoila le scandale du  » Willowgate  » : une usine de montage automobile de Willowvale appartenant à l’Etat qui allouait les rares voitures produites aux ministres. Ceux-ci les vendaient pour leur plus grand profit. La série d’articles publiés par le Chronicle força cinq ministres à démissionner. Le gouvernement n’apprécia pas. Nyarota fut renvoyé. Il enseigna alors le journalisme à l’Ecole Nordic/SADC du Mozambique, puis, en 1998, rentra au Zimbabwe pour fonder l’Associated Newspapers of Zimbabwe qui donna naissance au Daily News.

Le Daily News

Le journal devint rapidement le quotidien le plus populaire de Harare. Des enquêtes solides montrèrent l’étendue de la corruption, des violations des droits de l’homme et la mauvaise gestion économique. Plusieurs prix ont récompensé le travail de Geoffrey Nyarota.  » J’ai gagné ces récompenses, mais cela a vraiment été un effort collectif « , souligne-t-il.  » L’équipe tout entière a été confrontée aux menaces et aux violences. Le gouvernement a pris nos journalistes pour cible. Aujourd’hui, il empêche la distribution de notre journal dans les zones rurales. Pendant la période d’avant les élections, les gens n’avaient droit qu’à l’information d’origine gouvernementale ».

I had a dream…

Geoffrey Nyarota s’est déclaré ravi de recevoir le Prix de la liberté de la presse de l’UNESCO.  » Toute l’équipe du Daily News est encouragée par ce prix et cela nous inspire pour continuer notre travail. C’est un grand honneur, mais il y a un autre prix que je veux plus que tout « , dit-il.  » C’est de voir une véritable liberté de la presse au Zimbabwe. Toute la souffrance, tous les sacrifices, l’humiliation que nous avons endurés doivent apporter quelque chose et une véritable liberté de la presse au Zimbabwe profiterait à toute la nation « .

Andrew Meldrum