Le chemin bien gardé du handballeur ivoirien Daouda Karaboué

Gros plan sur l’un des meilleurs gardiens de but du championnat de France de handball. Triple champion de France avec Montpellier, Daouda Karaboué aurait pu prendre des chemins détournés. Mais le jeune Ivoirien a toujours été habité par la passion du sport et l’envie de se forger un destin. Il s’apprête aujourd’hui à rejoindre la très lucrative et relevée Bundesliga.

A 24 ans, le handballeur ivoirien Daouda Karaboué se trouveune nouvelle fois à la croisée des chemins. De son chemin, qui l’a conduit de la Côte d’Ivoire à la métropole de l’Hérault dans le Sud de la France. Celui qui l’a sorti de l’anonymat d’un foyer de jeunes pour le conduire à la lumière, et lui faire découvrir les honneurs du sport de haut niveau. Car après avoir promené sa dégaine nonchalante et ses tresses de rasta dans les buts de la meilleure équipe française de la décennie (Montpellier a enlevé quatre titres de champion de France, dont trois consécutivement en 1998 – 99 – 2000), Daouda Karaboué va de nouveau prendre le chemin de l’exil.

Celui-ci a le goût du miel : car c’est la Bundesliga allemande qui se dessine à l’horizon du joueur ivoirien. Le  » Calcio  » du hand. La piste aux étoiles, là où les stars de la planète handball sont venus monnayer leurs bras. Ils sont Suédois, Russes, Croates, Yougoslaves ou Français. Daouda s’en va, pour sa part, rejoindre le club d’Hameln.

Vers les sommets du handball

 » Montpellier était une première étape pour moi. Maintenant, il me faut aller plus haut « , explique le jeune homme, qui pourra désormais s’enorgueillir d’un itinéraire sportif parfait. Encore dans le Sud de la France au moment de notre rencontre, Daouda avoue volontiers sa  » fierté d’être l’Africain de l’équipe « , mais se refuse à être l’ambassadeur d’un continent :  » Ce serait trop prétentieux de vouloir en porter les habits « .

Daouda Karaboué arrive en France en 1984 avec son père. Celui-ci est à l’époque le chauffeur attitré de l’épouse du président ivoirien, qui séjourne régulièrement sur la Côte d’Azur, à Cannes précisément. Le jeune Daouda a tout juste 10 ans. Le foyer qui l’héberge aurait pu le conduire vers des fréquentations peu recommandables. Mais le gymnase deviendra vite le plus court chemin vers le plaisir. Le club de Mandelieu accueille à bras ouvert ce surdoué du ballon, de tous les ballons. Michel Méra et Ange Bartoli, les deux techniciens du club azuréen prennent Daouda sous leur protection.  » Je leur dois beaucoup « , confesse aujourd’hui la vedette ivoirienne.  » Ils m’ont donné les bases, dans le hand et dans la vie « .

Direction Montpellier

Et ce sont eux qui, en 1993, orienteront le jeune gardien de but vers Montpellier.  » Pour moi, c’était génial. Je sortais du foyer et j’arrivais dans un club qui me prenait en charge. En même temps, j’étais libre «  Libre… mais seul. Papa est reparti depuis longtemps. Maman et la petite soeur vivent aux Etats-Unis.

La nostalgie du pays se fait parfois ressentir. A Montpellier, il découvre l’exigence dans le travail. L’adaptation sera parfois douloureuse. Mais Daouda se sent déjà habité par son destin. Il lui faudra un peu plus de deux ans pour devenir titulaire à part entière. Avec le club du Sud de la France, il découvrira aussi le parfum des compétitions européennes.

Mais, à présent, place au championnat allemand. Retour à la solitude dans un pays où l’immigration africaine est quasi inexistante. C’est donc un nouveau défi qui se profile pour Daouda Karaboué : s’imposer sur le terrain et en dehors. Il sera temps alors de penser à l’équipe de France et à ce dossier de naturalisation qui s’est perdu dans les méandres de l’administration française.

Slimane Boukezzoula