Le châtiment corporel en question


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Masque Nunuma
Masque Nunuma du Burkina Faso

L’éducation des enfants est une priorité pour les parents du monde entier. En Afrique, l’on dit d’un enfant « mal élevé » qu’il fait le déshonneur de sa famille. Conséquence, nombre de parents se montrent impitoyables envers leurs progénitures. De la petite fessée à la véritable bastonnade, les objectifs d’obéissance et de droiture passent par l’utilisation de divers instruments de dissuasion. Palmatoire, ceinture, martinet, babouches, câble électrique et courroie figurent en tête de palmarès.

Qui aime bien…châtie bien ! En matière d’éducation sur le Continent, on est tenté de dire que cet adage fait force de loi. Dès leur plus bas âge, les enfants subissent la pression des adultes. Si l’importance de la discipline dans l’éducation fait l’unanimité, les avis divergent quant aux manières de punir un enfant. L’équilibre entre punition et bastonnade devient très vite précaire. Frapper un enfant viserait à lui imposer des gardes fous, en faisant de la menace une épée de Damoclès permanente. Alors que les tenants de la pratique aimeraient ériger le châtiment corporel en rite ancestral, la fronde des parents hostiles à la chicotte met en avant les dérives autoritaires, souvent synonymes de maltraitance.

Etat des lieux de la pratique

« En Afrique, le châtiment corporel est une réalité » ! Il faut le vivre pour en parler. Il ne s’agit pas, ici, de la fameuse boîte à calottes promue par les instituteurs français, mais de véritables corrections que l’on inflige aux enfants, et parfois même à des adultes. Inscrite dans les mœurs, la chicotte fait danser les enfants au rythme des lanières virevoltantes qui inscrivent leurs zébrures sur le dos des récalcitrants. Les anecdotes ne manquent pas à ce sujet, tant les expériences s’avèrent diverses et variées. Tous les Africains habitant sur le Continent ont eu maille à partir avec un martinet, un palmatoire, une babouche, une lanière, une courroie de mobylette ou, tout simplement, avec les mains de leurs parents ou de leurs professeurs. C’est ainsi que l’on « dresse », que l’on éduque, que l’on façonne la personnalité mais également la fourberie des plus jeunes. Si les avis semblent partagés et irréconciliables, entre ceux qui prônent le bâton et ceux qui y voient un manque d’autorité, tous semblent unanimes quant à l’obligation de transmettre de bonnes valeurs aux enfants, en ces temps de relâchement des mœurs.

Quand l’école devient un enfer

« Depuis 1990, avec le retour de la démocratie au Bénin et les Etats Généraux de l’Education, le châtiment corporel a été supprimé, indique Godfroy Missahogbé, philosophe béninois. Mais malheureusement, ou heureusement, cette loi n’est pas respectée. Surtout dans les établissements privés. Et ce n’est pas une exception. Dans de nombreux pays, les châtiments corporels sont légions ». De l’avis du philosophe, la suppression du châtiment corporel en Afrique est un vœux pieux. « Les parents estiment qu’il est bon de faire pression sur un enfant, quitte à lui administrer quelques coups de bâtons ». Nombre d’entre eux n’hésitent d’ailleurs pas à donner des directives dans ce sens. « Il y a des parents qui inscrivent leurs enfants dans certains établissements scolaires réputés pour la simple et bonne raison qu’on y donne des coups ».

Mamoudou, un lycéen sénégalais, le confirme. « Quand mes parents m’ont inscrit dans mon nouveau lycée, ils ont donné pour instruction aux autorités de l’école de me bastonner si je ne me tenais pas à carreau. Je suis donc à leur merci. Et à la moindre incartade, ils n’hésiteront pas à le faire, puisque mes parents ont donné leur bénédiction ». Si la chicotte est monnaie courante à l’école, elle est bien pire en internat où l’on chicotte à qui mieux-mieux. Selon Godfroy Missahogbé, également journaliste à Porto-Novo pour le groupe Le Tropical, envoyer son enfant dans un internat, par exemple, est une façon de déléguer l’autorité. C’est également pour de nombreux parents une façon de confier à d’autres l’éducation de l’enfant qu’eux-mêmes n’ont pas su donner. Depuis quelques années, les enfants entrent à l’internat de plus en plus tôt, afin de prendre plus rapidement le pli. Dans les écoles primaires, les enfants n’ont d’autres choix que l’obéissance. La relation entre enfants et enseignants est donc plus complexe en Afrique, car régie par le respect, la peur et la rancune. On appelle cela, à juste titre, « la politique de la carotte et du bâton ».

La maison, havre de paix ou camp militaire ?

A la maison, on frappe l’enfant, on le rosse, puis on le soigne. Certains foyers sont de véritables camps militaires où règne la terreur ; où la moindre erreur de comportement se paie très cher. On y voit le palmatoire ou le martinet sur le mur. Dans d’autres foyers, on accroche ces instruments à des fins dissuasives, sans pour autant s’en servir. Ils deviennent même poussiéreux au fil du temps. En règle générale, on dit que celui qui n’a jamais pris de coups n’est pas suffisamment aguerrit pour affronter l’existence et les nombreuses difficultés qu’elle comporte. Il s’agit pour chacun de se faire une opinion sur la question. Cependant, pour Godfroy Missahogbé, « frapper un enfant ne doit pas être considéré comme étant une bonne chose. Car l’enfant a certes des devoirs, mais il a aussi des droits.

La question à se poser n’est pas tant de savoir s’il faut frapper l’enfant ou non, mais surtout d’avoir le sens de la mesure. Il y a divers moyens de faire autorité sans en venir aux coups. Par exemple, certains parents font faire des exercices de génuflexions à leur enfant. Ces exercices sportifs sont beaucoup plus persuasifs et plus craints que les coups. Il y a, par ailleurs, une différence entre une petite fessée et une raclée qui mène à l’hôpital. La frontière entre punition et maltraitance s’amenuise, et l’étau se resserre de plus en plus sur les parents. « Il s’agit d’assumer son rôle, tout en prenant soin de ne pas déshumaniser l’enfant », nous confie Godfroy Missahogbé. Il est prouvé que les marques psychologiques chez l’enfant le poussent, une fois plus âgé, à reproduire les traumatismes qu’il a vécus. D’où l’aspect culturel de la chicotte.

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