Le Burundi ne veut pas conquérir la RDC

En visite officielle en France, le ministre burundais des Relations extérieures et de la coopération, Terence Sinunguruza, a confirmé que son pays n’a aucune intention de conquérir la République démocratique du Congo. Interview.

C’est dans une salle de conférence à moitié vide du Centre d’accueil de la presse étrangère à Paris que Terence Sinunguruza s’est entretenu mercredi avec les journalistes. Il est principalement revenu sur les négociations du gouvernement de transition du Général-Major Pierre Buyoya avec les groupes rebelles . Il a également évoqué le rôle de Nelson Mandela dans le processus de paix au Burundi et les difficiles relations de voisinage avec la RDC, la Tanzanie et le Rwanda.

A quel niveau en êtes-vous dans les négociations avec les groupes rebelles ?

Terence Sinunguruza : Quasiment au point mort. Nous avons convenu avec les différents groupes rebelles d’un rendez-vous pour discuter du cadre général de l’accord de paix mais à la dernière minute, ils se sont désistés. Ils nous ont dit qu’ils n’étaient pas encore prêts. Il y a cependant le groupe FDD ( Forces pour la défense de la démocratie, ndlr), qui est prêt à reprendre les discussions à partir du 16 septembre prochain.

Quels sont les principaux points d’achoppement avec ces groupes ?

Terence Sinunguruza : Il y en a plusieurs mais le plus important est la revendication qui porte sur la discussion avec l’armée. Les rebelles veulent discuter avec l’armée et pas avec le gouvernement de transition. Pour nous, c’est une aberration . L’armée du Burundi relève du gouvernement de transition. Pourquoi vouloir discuter avec les Saints alors que les portes de Dieu vous sont ouvertes?

Comment votre gouvernement gère-t-il la présence des troupes rebelles dans les pays voisins ?

Terence Sinunguruza : C’est un problème difficile et en plus il y a des spécificités selon les pays. En RDC, par exemple, ce sont de véritables bandes armées qui lancent des attaques à partir des zones frontalières. Nous voulons donc empêcher ces groupes armés d’utiliser les frontières du RDC pour nous nuire. Nous n’avons pas de velléités de conquérir le RDC. J’ai personnellement discuté de ce problème, au début de cette année à Kinshasa, avec mon homologue congolais. Nous avons élaboré un protocole de résolutions. Mais malheureusement, le calendrier assez chargé du président Kabila, ne nous a pas encore permis de le finaliser. Du côté Tanzanien, c’est plus complexe parce que la frontière est longue et maritime (le Lac Tanganyika, ndlr). Il est difficile d’instituer un contrôle strict. Là aussi, nous avons entamé des discussions avec la Tanzanie.

Quel rôle joue Nelson Mandela dans le processus de paix au Burundi ?

Terence Sinunguruza : Son rôle est immense. Il est le principal artisan des accords déjà signés avec certains belligérants. Il est le médiateur du conflit Burundo-burundais. S’il est moins actif maintenant, c’est simplement dû à son âge. Il a fait appel à certaines personnalités africaines pour le suppléer. Le vice-président sud-africain Zuma ainsi que le président gabonais Omar Bongo le relayent de temps à autre lors des rencontres que nous avons avec les groupes rebelles.

Quels rapports entretenez-vous avec l’Union Européenne (UE) ?

Terence Sinunguruza : Nous avons repris la coopération économique avec l’UE depuis un an . Elle est le principal bailleur de fonds du Burundi. Elle nous a appuyé également lors des accords d’Arusha. Les blocages avec l’UE viennent des accords que nous n’arrivons pas à finaliser avec le FMI. En principe, si tout se passe, ce sera fait au mois d’octobre prochain.