
Le gouvernement burkinabè a convoqué, ce lundi 22 juin, l’ambassadeur de l’Union européenne au Burkina Faso, Philippe Bronchain, pour protester contre une résolution adoptée le 17 juin, par le Parlement européen sur la situation des libertés fondamentales et de la lutte contre le terrorisme dans le pays. Les autorités de Ouagadougou dénoncent un texte fondé sur des informations qu’elles jugent erronées et y voient une ingérence dans les affaires intérieures du Burkina Faso.
Par la voix du ministre des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, le Burkina Faso a exprimé son mécontentement à l’égard de la résolution votée par le Parlement européen le 17 juin 2026. À l’issue de la rencontre avec le chef de la délégation de l’Union européenne, le ministre a déclaré avoir tenu à faire part de « la désapprobation, de la déception et surtout du dégoût » suscités par ce texte.
Le chef de la diplomatie burkinabè a qualifié la résolution de document reposant sur « un tissu d’informations totalement erronées », et ajoute qu’elle ne reflète ni les réalités du terrain ni les efforts consentis par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), dans la lutte contre le terrorisme.
Le ministre a également dénoncé ce qu’il considère comme une attitude de mépris de la part du Parlement européen, accusé d’ignorer les sacrifices des forces de défense et de sécurité ainsi que les politiques mises en œuvre par les autorités burkinabè pour faire face à l’insécurité.
Le rapport porté par Christophe Gomart sévèrement critiqué
Sans le citer dans un premier temps, Karamoko Jean-Marie Traoré a vivement critiqué l’auteur du rapport ayant conduit à l’adoption de la résolution. Il a ensuite pointé le député européen français Christophe Gomart, ancien général de corps d’armée et élu au Parlement européen depuis 2024 sous les couleurs du Parti populaire européen (PPE).
Selon le ministre, l’eurodéputé aurait présenté une analyse biaisée de la situation burkinabè. Il lui reproche d’avoir dressé un tableau alarmiste du pays tout en passant sous silence les efforts des autorités et des forces engagées contre les groupes armés.
Lors du débat organisé le 17 juin au Parlement européen sur la « répression persistante de l’espace civique et des libertés fondamentales au Burkina Faso », Christophe Gomart avait notamment affirmé que le Burkina Faso s’isolait progressivement de la communauté internationale, que les libertés individuelles y étaient en recul et que le pays devenait un sanctuaire pour le terrorisme islamiste en Afrique de l’Ouest. Il avait également évoqué la suspension ou la dissolution de près de 700 associations et ONG depuis le mois de février.
Ouagadougou réaffirme sa souveraineté
Face à ces critiques, le ministre burkinabè a réaffirmé que les choix politiques et sécuritaires du Burkina Faso relevaient exclusivement de sa souveraineté nationale.
« Le Burkina Faso agit en toute souveraineté en matière de politique intérieure et nous ne sommes pas membres de l’Union européenne. Le Parlement européen ne peut pas se constituer en juge pour nous dire ce que nous devons faire », a-t-il insisté.
Le chef de la diplomatie est également revenu sur les origines de la crise sécuritaire au Sahel, rappelant la responsabilité attribuée par Ouagadougou à l’intervention de l’OTAN en Libye en 2011. Selon lui, les conséquences de cette intervention continuent d’alimenter l’instabilité dans la région, ce qui rend les critiques européennes d’autant plus difficiles à accepter.
L’ambassadeur de l’UE prend acte des préoccupations des autorités burkinabè
De son côté, l’ambassadeur de l’Union européenne, Philippe Bronchain, a indiqué avoir pris acte des préoccupations exprimées par les autorités burkinabè. Il a assuré qu’il transmettrait le message du gouvernement à son institution.
Cette nouvelle passe d’armes confirme la persistance des tensions entre les autorités de transition burkinabè et plusieurs partenaires occidentaux. Cette convocation s’inscrit dans un bras de fer plus large entre Ouagadougou et ses anciens partenaires occidentaux, engagé depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré en septembre 2022 et qui n’a cessé de s’approfondir.




