Le bois libérien dans la tempête

Le commerce de bois précieux en provenance du Libéria est depuis lundi matin la cible de Greenpeace. Un commando de la célèbre Ong bloque l’Agia Irène, un navire venu tout droit de Monrovia, au port de Sète (France). Action d’éclat pour forêts en danger. Enquête.

A l’abordage ! Lundi matin, quatre zodiaques accompagnés du Rainbow Warrior II, navire de Greenpeace, cernaient l’Agia Irène, un bateau libérien venu débarquer sa cargaison de bois précieux dans le port de Sète.  » On le suivait depuis longtemps, on a attendu qu’il arrive dans les eaux territoriales françaises. Quand il a voulu mouiller, on a bloqué l’ancre « , explique, encore dans le feu de l’action, Ludovic Frère, activiste de Greenpeace. Le navire est stoppé.

Pris d’assaut. Munis de banderoles et de pots de peintures, un commando d’une dizaine de personnes aborde l’Agia Irène. Les militants ont tôt fait de faire du petit chaland le support de leurs slogans. Juste sous les 1 744 grumes de bois libérien, en travers de la coque, on peut désormais lire :  » La France détruit les forêts anciennes  » en lettres capitales.

Le double drame libérien

 » Attention, que ce soit bien clair. On n’a rien contre l’exploitation du bois en général. Que les jeunes forêts camerounaises soient mises à profit, tant mieux. Ce qu’on refuse, c’est la dévastation des forêts anciennes. Au Libéria, ce commerce sert à alimenter la guerre civile ! « , s’indigne Ludovic Frère. Dans son communiqué, Greenpeace met en cause les quatre plus importantes compagnies libériennes. Et rappelle leurs liens avec la guerre qui fait rage au Sierra-Léone.

L’Oriental Timber Compagny (OTC) et la Royal Timber Corporation, toutes deux propriétés du Néerlandais Gus Kouwenhoven, sont plus particulièrement visées. L’ONG rappelle qu’en décembre 2000, un groupe d’experts du Conseil de sécurité des Nations-Unies a reconnu ce dernier coupable de soutenir par son commerce les rebelles sierra-léonais du FRU.  » La France et la Chine sont les pays qui collaborent le plus à ce trafic en acceptant le bois précieux en provenance de Monrovia. Il faut que cela cesse « , font savoir les activistes de Greenpeace.

 » De toute façon, si rien n’est fait, dans cinq ans, l’une des plus anciennes forêts du monde sera réduite à néant. Il y a urgence « , constate froidement Michael Luzé, qui assure la communication du commando depuis l’Agia Irène. En effet, selon les chiffres fournis par Global Witness, l’exploitation des forêts libériennes aurait triplé entre 1999 et 2000. Très déterminés, les manifestants attendent donc un geste fort du gouvernement en réponse à leur action.  » Nous ne déménagerons du bateau que lorsque le gouvernement aura donné l’ordre à l’Agia Irène de quitter les eaux territoriales françaises ! « , affirme Ludovic Frère.

Un coup d’éclat stratégique

Au-delà de ce coup d’éclat ponctuel, le militant reconnaît l’enjeu du bras de fer qui se joue dans cette prise d’otage.  » Il est important qu’à deux mois de la Convention sur la Diversité Biologique qui doit se tenir à La Haye, le gouvernement montre sa volonté de changer de politique « . Contacté, le ministère de l’ Aménagement du Territoire et de l’Environnement n’a pas souhaité se prononcer sur l’opération menée dans le port de Sète. Mais dès lundi soir, le Tribunal de grande instance de Montpellier a condamné l’organisation à payer une amende de 6 000 dollars par jour, conséquemment aux pertes qu’engendre l’immobilisation du bâtiment libérien.

Aller plus loin :

Clic sur le site de Greenpeace France

Clic sur le site de l’Onu :