Le Bisso na Bisso africain

Bol d’air face à la stagnation artistique du ndombolo, l’album concept Atalaku invite à la table de la musique congolaise des convives tels que le zouglou, le ragga ou le rap. Interview de Chris Mfumu Mpa d’Ebawa, l’un des deux producteurs du disque.

Avec les indéboulonnables Werrason, Koffi, JB Mpiana, Papa Wemba, Quartier Latin ou autre Extra Musica, la musique congolaise a quelque peu tendance à tourner en rond. L’album Atalaku apporte un peu de sang neuf à ce qu’on appelle trop communément le ndombolo, en invitant à la fête le zouglou, le bikutsi, le ragga, le rap ou encore la jump-up. Un concept qui s’inscrit comme un Bisso na Bisso à l’africaine dont la sauce commence à prendre en Afrique et aux Antilles. A l’origine d’Atalaku : Ebawa et 3s, deux labels indépendants franco-congolais.

Afrik : Quel est exactement le concept d’Atalaku ?

Chris Mfumu Mpa (Ebawa) : Atalaku signifie  » regarde par ici  » en kicongo (l’une des principales langues vernaculaires congolaises, ndlr). Le terme désigne les animateurs, ceux qui, sur scène, animent la soirée et dirigent la partie dansante pendant les concerts. Nous avons décidé de les mettre en avant en organisant un duel avec d’autres artistes étrangers. Une rencontre entre le sébène congolais (plus communément appelé ndombolo, alors que le ndombolo n’est, à la base, qu’une danse et non un genre musical, ndlr), le rap, la jump-up (Antilles), le ragga, le zouglou (Côte d’Ivoire), le bikutsi (Cameroun).

Afrik : Quels animateurs avez-vous invité ?

Chris Mfumu Mpa : Killa Mbongo d’Extra Musica, Océan de Quartier Latin, Nono Manzanza pour les plus connus, mais aussi d’autres comme Chalélé. En face, nous avons fait venir des personnes comme Bedel Major de Poussins chocs (zouglou, Côte d’Ivoire), Mwalimu, alias Papa Wemba, Passi (le rappeur franco-congolais à l’initiative du Bisso na Bisso, ndlr), Dj D.F (Ragga, Antilles) et d’autres rappeurs français.

Afrik : C’est un peu un Bisso na Bisso en plus africain ?

Chris Mfumu Mpa: Le concept de Passi partait d’une base rap pour y inclure des influences africaines, nous avons fait le chemin en sens inverse. La base d’Atalaku reste avant tout congolaise. Les autres styles invités viennent ensuite apporter leur touche.

Afrik : En développant un peu le même concept que le Bisso, est ce que vous n’avez pas l’impression d’avoir coupé l’herbe sous les pieds de Passi ?

Chris Mfumu Mpa : Il n’y a aucun problème avec Passi. Il connaissait déjà le projet. Au départ il devait même coproduire l’album, mais il n’a pas pu le faire. Il a toutefois tenu ses engagements en entrant en studio pour enregistrer un titre (Mauvais oeil, ndlr) avec Papa Wemba.

Afrik : Papa Wemba, Passi, pourquoi ne pas avoir invité plus de stars sur l’album ?

Chris Mfumu Mpa : Nous ne voulions pas que la personnalité des grands artistes fasse de l’ombre aux autres.

Afrik : Est ce que vous avez rencontrer des réticences parmi les personnes que vous avez invitées ?

Chris Mfumu Mpa : Seuls les musiciens congolais étaient un peu sceptiques et doutaient du résultat de la fusion. Ils n’arrivaient pas bien à voir à quoi ça pouvait mener.

Afrik : Quel accueil avez-vous reçu de la part du public ?

Chris Mfumu Mpa : L’album est sorti en décembre dernier. Nous sommes classés dans tous les top 10 aux Antilles et dans de nombreux hit parades en Afrique. Les retours commencent vraiment à arriver. D’autant que nous avons maintenant un clip qui tourne sur MCM Africa.

Lire aussi

Atalaku ou les rois de l’ambiance.